page suivante »
332 et mûris par le temps. Ils ont tenté souvent de relever la lan- gue moderne en y mêlant ce qu'ils avaient rapporté de lu fréquentation des auteurs d'un autre âge : chez les Romains, Salluste avait fait retour aux vieux mots, aux vieilles formes du langage ; de nos jours Manzoni, fuyant les mots et les tour- nures d'importation française, demande à l'antique diction italienne le secret de la force du style; en Angleterre, Byron, Scott, Wordsworth ont abandonné les mots d'origine romane et la phrase anglo-française d'Addison, pour remonter aux sources anglo-saxones. Paul Louis Courier devrait être nom- mé ici, mais il fit de l'archaïsme trop pur; c'est une imitation de l'ancienne langue, plutôt qu'une rénovation de la nôtre. Admirable produit d'une fantaisie spirituelle et savante, cette œuvre fut sans influence. L'école romantique, à d'autres égards souvent excessive, agit sur ce point avec plus de dis- crétion et d'efficacité; elle a su encastrer dans l'édifice mo- derne bien des fragments antiques et précieux sans en déranger l'harmonie. Mais ces importations doivent être rares et bien réfléchies. L'amour de la vieille langue serait aveugle s'il nous faisait mé- connaître les changements nécessaires par lesquels le génie moderne se l'est appropriée. Peut-être, après tout, et si l'on veut ne pas tenir compte de pertes véritables et trop nombreu- ses, la langue de chaque époque est-elle celle qui lui convient le mieux. Ainsi nous n'avons pas à regretter ces diminutifs gracieux mais enfantins, trop mignards pour une langue adulte, et il serait peu intelligent de vouloir les faire revivre. Un siècle positif, qui voit vrai, qui analyse tout, qui a la juste mesure de toute chose, doit avoir moins de diminutifs et par la même raison moins d'augmentatifs. Aujourd'hui la langue fuit toute exagération en plus comme en moins, car nous voyons les objets par nos yeux et ce qu'ils sont, au lieu de les regarder par le petit ou le gros bout de la lunette.