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Ces critiques sont un peu vagues, et sentent la déclamation.
Ce sont les faits qui louent, dit Labruyère. Ce sont aussi les
faits qui blâment et non les imputations générales. Sous ce rap-
port Guiot laisse beaucoup à désirer: il n'est pas souvent si
heureux que dans les vers suivants :
Acheter savent et revendre,
Et le terme molt bien attendre,
Et la bonne vente du blé
Et s'ai (j'ai) bien ouï et tasté (constate)
Qu'aux Juifs ils prêtent leurs deniers.
Voilà nu trait précis et excellent. Au lieu de reprocher aux
prêtres une vague convoitise, il les montre exploitant même les
juifs, sangsues de ces sangsues publiques, et usuriers à la se-
conde puissance.
Comment parler des vices et ne rien dire des moines. Mais
comment parler des moines quand on porte le froc? or
Y a plus de douze aus passés
Qu'en draps noirs (je) fus enveloppé.
Guiot se tirera habilement de ce mauvais pas. Ce n'est pas
lui qui attaque les religieux. Loin de là ! il répond à leurs ad-
versaires : il plaide la cause de ses confrères : seulement ( ad-
mirez le bon apôtre) ! il avoue qu'il a bien de la peine à les
disculper.
Je ne puis maintenir les moines,
Déconfit en suis en maint lieu.
Ne reconnaissez-vous pas l'excellent ami que dépeint Horace :
Sed tamen admiror quo facto judicium illud fugerit (i). Sous
cette maligne réserve on sent les mécontentements d'une longue vie
monastique, la souffrance de l'isolement au milieu de cette frater-
(i) Capitolinus est mon ancien camarade, mon ami d'enfance : j'ai eu
souvent recours à son crédit, et, je suis charmé que Rome le conserve parmi
ses citoyens : mais je ne comprends pas, je l'avoue, qu'il ait pu échapper
a la condamnation.