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pas à un pareil honneur, et surtout Thérades, Cléon , Othes et
Cligers, lesquels élaient sans doute des philosophes très célè-
bres à Arles. Ne peut-on pas reconnaître dans cette adoration
confuse, le culte traditionnel et non interrompu de l'antiquité
qui doit aboutir un jour à la renaissance? Ainsi, le poète du
moyen-âge, Dante verra bientôt dans Virgile un savant, un philoso-
phe, un représentant de toute la sagesse antique ; et Pétrarque
qu'il tient par la main, rendra à la lumière les monuments les
plus précieux de la langue latine.
De cette riche énumération, Guiot, par une transition un peu
pindarique, passe à la satire des seigneurs de son temps, qui
apparemment n'ont pas fait leurs études à Arles, et ne con-
naissent ni Othes ni Cligers.
Chevaliers sont acuivertis (abâtardis)
Plus que ceux où l'on fait les tailles (les vilains).
Néanmoins les simples châtelains trouveraient encore grâce de-
vant ses yeux. C'est aux puissants, aux princes que s'adressent
ses plus violentes satires. Il semble qu'il ait pris pour devise
le vers célèbre de "Virgile :
ParCere subjeclis et debellare superbos.
Des barons et des châtelains
Cuit-je (je crois) être tretout certain
Que de preux môlt y en aurait;
Mais les princes sont si destrait (pervers)
Et durs et vilains et félons !
Rien de plus original que le tour qu'il emploie pour exprimer
le petit nombre des bons princes.
Où sont les sage, où sont les preu ?
S'ils étoient tous en un feu,
JÃ des princes, si com je cuit (Ã ce que je crois)
N'y aurait un brûlé ni cuit.
Mais si les félons y étoient
Et ceux qui Dame-Dieu (le seigneur Dieu) ne croient
Et les vilains et les eschars (avares),
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