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231 que accompli par ces deux rêveurs, les plus nuls de l'antiquité entière ; de leur dire que Démosthène était vendu à la Perse, et que, s'opposer à la centralisation de la Grèce sous Alexan- dre, n'était pas, au surplus, faire preuve d'une grande intelli- gence ; que Cicôron plaidait le pour et le contre avec la môme abondance de phrases sonores; qu'il écrivait de belles tirades sut les devoirs, et renvoyait sa femme en gardant sa dot ; qu'il essayait de désintéresser Catilina de sa candidature en lui servant de défenseur, tandis qu'il écrivait, dans une lettre con- fidentielle à Atticus, que, si les juges ne condamnaient pas Ca- tilina, ils déclareraient qu'ilne faitpasjouren plein midi. Tous ces faits étaient laissés dans l'ombre ou enveloppés d'un tel luxe de précautions oratoires que la vérité ne pouvait appa- raître. Bien plus, les jeunes gens ignoraient, en sortant du collège, quelle avait élé, aux diverses époques de son histoire, la constitution de la France ; mais on leur exposait, on leur vantait plutôt la législation , au moins problématique, de Minos ; on leur représentait, comme l'idéal et la perfection, les lois de Lycurgue. Sublime législateur en effet qui n'a su em- ployer son génie qu'à interdire les jouissances, l'industrie, le commerce, les arts et la paix ! qui n'a cherché qu'à isoler les hommes, à les mettre en état permanent d'hostilités, à créer une société contre les lois mômes de la société ! C'était cependant très sérieusement qu'on le représentait comme l'ami de l'égalité. Assurément, les Spartiates eurent l'éga- lité des souffrances ; mais, à ce titre, Omar devrait par- tager la gloire de Lycurgue, puisque, en faisant brûler les bibliothèques, il réduisait tous ses sujets à l'égalité de l'i- gnorance. Que rôsulta-t-il de cette éducation admirative et de cet en- thousiasme irréfléchi pour l'antiquité? Nous n'avons pas be- soin de rappeler nos tribuns en bonnets rouges, les Mucius Scevola, les Brutus, les Anaeharsis, les Anaxagoras des clubs.