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 habitude dangereuse et qu'ils feraient prédominer le ré-
 gime végétal. On a beaucoup tourné en ridicule la défense
 qu'il fit à ses disciples de manger des fèves. L'hygiéniste
 ne peut pas peut-être le taxer tout-à-fait, en cela, de su-
 perstition. Les légumes dont les propriétés flatulentes sont
 bien connues et qui d'ailleurs fournissent un chyle mal
 élaboré devaient être proscrits de la diététique de Fytha-
 gore où n'entraient que des aliments parfaitement salubres.
 Pour achever de déraciner tout-à-fait dans ses disciples
 le penchant à la gourmandise, il ordonna qu'à certaines
 époques ceux-ci feraient préparer et servir sur leurs tables
 les mets les plus appétissants et les plus délicieux ; qu'ils
 considéreraient pendant quelque temps tous ces mets, et
qu'ils les distribueraient ensuite à leurs esclaves sans y avoir
touché. Cet excellent exercice de sobriété donna lieu dans
la suite de dire que Pythagore combattait les désirs char-
nels par les jeûnes et d'autres moyens violents (i), tandis
qu'il étouffait ainsi le feu dévorant du penchant le plus
vif delà nature humaine, du penchant aux plaisirs de l'a-
mour sensuel.
    Rien ne lui parut plus propre encore à prévenir l'abru-
tissement de la sensualité que d'environner ses disciples
d'impressions à la fois agréables et sublimes. Il flattait leurs
sens par le spectacle imposant de la plus belle nature, sous
le ciel le plus doux de l'univers, par des harmonies musi-
cales et par de suaves parfums; il flattait leur imagination
par la poésie et les beaux-arts si nécessaires même à l'inté-
grité de la vie physique, et qui développent dans l'homme
ce bonheur d'illustre origine qui relève les cœurs abattus
et met à la place de l'inquiète satiété de la vie le senti-

  (i) Meiners, lac. cit, p. 1S7,