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sure à la cuisse. Dès ce moment, c'en est fait : une fois encore, Ã
vingt-cinq années d'intervalle, les murs de Saint-Jean-d'Acre voient
une armée française reculer devant un ennemi vainqueur !
Ce douloureux échec est courageusement supporté par l'empe-
reur. Sans presque donner attention à sa blessure, il passe en re-
vue ses troupes et combine ses plans pour rappeler la victoire sous
ses drapeaux. Son attitude et son exemple ont fait renaître l'énergie
et l'espérance dans tous les cœurs ; mais, utilisant la leçon cruelle
qu'il vient de recevoir, il attend, pour livrer une nouvelle bataille,
d'avoir été rejoint par l'armée que lui amène le roi Joseph. Cette
réunion s'effectue sans que les Turcs y mettent obstacle. Le sultan
semble enivré de la victoire qu'il a remportée ; il reste tranquille
sur le champ de bataille, sans chercher à tirer profit du succès qu'il
vient d'obtenir.
Cependant l'empereur a conçu un nouveau plan de campagne.
Les Turcs se font gloire do posséder cette Jérusalem où fut le sépul-
cre du Christ. Leur superstitieuse prévention voit un gage de domi-
nation perpétuelle dans la conservation de cette possession enviée
par les chrétiens ; l'empereur veut rompre ce prestige, il conduit
son armée sur Jérusalem. La garnison turque fuit en apprenant
l'approche de l'armée impériale. Napoléon entre dans la capitale de
la Judée.
En apprenant la prise de Jérusalem par l'armée française, Mahmoud
se réveille enfin de sa torpeur. 11 accourt à la tête de ses troupes
auxquelles il a promis une victoire plus éclatante, plus complète en-
core que celle de Saint-Jean-d'Acfe. Napoléon résiste â l'impatience
de ses soldats qui demandent à courir au devant de l'ennemi. Il
comprend quel avantage il y a d'attendre en repos une troupe im-
mense et indisciplinée qui arrivera fatiguée par une longue et péni-
ble marche; il reste campé sous les murs de Jérusalem. Le 20
juillet, les deux armées se trouvent en présence. Elles s'attaquent
immédiatement avec un égal enthousiasme, avec une égale ardeur.
Mais l'empereur a tout calculé, tout prévu : ses combinaisons s'exé-
cutent avec promptitude et sang-froid; les Turcs sont bientôt enve-
loppés par l'armée chrétienne, supérieure en nombre. Dès le pre-
mier choc, le sultan Mahmoud est tué et l'étendard du prophète est