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55 Carroussel, jugé trop mesquin par Napoléon, disparaît ; une vaste place s'étend libre et régulière du Louvre aux Tuileries. L'empereur ne veut pas seulement embellir sa capitale, il veut aussi l'assainir. Les eaux filtrées de la Seine, soulevées à une très grande hauteur par des pompes à feu, sont distribuées dans toutes les maisons et à tous les étages ; les rues élargies sont garnies de trottoirs ; plusieurs places publiques, plantées d'arbres, sont créées dans le centre de la ville ; de nouveaux quartiers s'élèvent de tous côtés pour recevoir la population qui s'accroît rapidement. La sollicitude de l'empereur ne s'arrête pas seulement à ce qui intéresse Paris; elle s'étend partout, et partout elle se manifeste avec ce caractère de génie qui le distingue. Dans un voyage qu'il fait à Rome en 1816, il fait exécuter deux grands projets que depuis longtemps il avait formé. La magnifique église de Saint-Pierre-de-Rome n'avait pas été en- tièrement construite selon les plans admirables de Michel Ange. Une présomption malhabile, envieuse peut-être, avait déplorablement modifié ces plans, l'œuvre du grand artiste avait été gâtée. Napo- léon veut restituer à la façade de ce superbe monument la grandeur primitive que Michel Ange avait créée, il fait détruire les colonnes engagées du portail et les étages de croisées qui le déshonoraient ; à leur place s'élèvent trois rangs superposés d'arcades inégales, ri- chement décorées. Vingt-une statues colossales couronnent le som- met de cette façade nouvelle. Cette heureuse restauration du plus beau temple de la chrétienté était une belle œuvre ; Napoléon ac- complit une œuvre plus belle encore. A sa voix, le Tibre étonné quitte son vieux lit pour s'élancer dans des canaux creusés comme par enchantement. Des fouilles intelligentes, faites dansle limon sur lequel le fleuve avait coulé pendant tantde siècles, donnent au monde savant d'immenses richesses archéologiques qui sont réparties dans les musées des grandes villes de l'empire. Cependant ces graves occupations n'empêchent pas Napoléon de ^surveiller attentivement les rois qu'il a soumis à la suzeraineté de 'empire ; cette vigilance est utile, car ces rois subissent en frémis- sant d'impatience le joug du vainqueur. L'empereur de Russie ose le premier penser à une révolte : il