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 cessamment croissante, et qui l'éleva au faîte d'une toute-puissance
 au-dessus de laquelle il n'y a plus que Dieu.
     « J'ai fini par croire à ce livre après l'avoir achevé.
     « Ainsi, le sculpteur qui vient de terminer son marbre, y voit un
 Dieu, s'agenouille et adore! »
    En présentant son œuvre sous le point de vue exclusif d'un ca-
 price d'imagination, M. Geoffroy nous paraît avoir dissimulé la
 portée réelle de son intention et de son travail. Ilnoussemblequelebut
de cet auteur a été d'établir implicitement une comparaison entre les
résultats produits par les faits historiques, et ceux produits par les
 événements imaginaires qu'il raconte. Nous ne saurions croire que
M. Geoffroy eût dépensé tant de travail et tant de talent pour Je plai"
 sir de bâtir un roman et de créer une décevante illusion. Cette compa-
raison que nous venons d'indiquer se présente d'ailleurs à chaque
instant dans l'esprit, en lisant l'histoire apocryphe de Napoléon.
 Cette auréole de gloire qui entoure l'empereur des Français, cette
suprématie universelle de l'Empire, forment un contraste saisissant
avec notre France contemporaine qu'on afaite si honteusement hum-
ble, qu'on a laissée si déplorablement incomplète, qu'on a réduite à
une si funeste nullité. Il est impossible de lire l'œuvre de M. Geof-
froy sans être frappé de cette différence qui jaillit de chaque page
et qui attriste l'ame.
    Toutefois, au milieu de la fascination qu'exerce l'histoire apocry-
phe de Napoléon, on est souvent amené à se rappeler que cette his-
toire est un roman. Nos cœurs sont trop vivement empreints du
triste souvenir de la vérité, pour que nous puissions nous abandon-
ner d'une manière absolue aux illusions que font naître les merveil-
leux récits de M. Geoffroy. Cet auteur a d'ailleurs raison en disant
qu'ilafaitun dieu de sou héros. Quel homme,eneffet,pourrait attein-
dre le haut rang auquel il a élevé son Napoléon ? Quel homme pour-
rait conquérir le monde et conserver paisiblement cette immense
domination ? Il faudrait être un dieu pour asservir et pour compri-
mer ainsi tous les peuples, pour régir le globe par une seule vo-
lonté.
   Il est curieux d'observer comment M. Geoffroy a su combiner les
laits de son invention de manière à ce que, tout merveilleux qu'ils