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  « telle qu'elle se fait dans le cours des siècles par l'histoire,
 « est un fleuve impétueux auquel les écluses et les digues ré-
 « sistent en vain. » Le résultat auquel la critique est arrivée
 de nos jours est donc juste et conforme à la vérité ; et la ma-
 nière dont s'est formulé en dernier lieu la doctrine hégélienne,
 naturellement dans l'extrême gauche, est l'oracle définitif
 prononcé pour notre époque par l'esprit absolu lui-même.
    Il est deux qualités qu'on est forcé de reconnaître dans no-
 tre auteur, et qu'on admire d'autant plus qu'elles sont assez
rares surtout dans l'école de Hegel : ce sont la clarté, la
 transparence du style et la franchise complète avec laquelle
la pensée est exposée. Cette franchise dégénère malheureuse-
ment trop souvent en une manière de dire mordante qui affecte
et recherche l'esprit, quelquefois en une ironie amère et mé-
prisante. L'auteur se plaît trop à montrer, non seulement les
contradictions logiques, mais le ridicule, quelquefois réel il
est vrai, qu'il trouve dans les opinions qu'il combat. Pour les
progrès de la vérité nous aurions mieux aimé que, dans un
sujet aussi grave, traité du reste avec beaucoup de science, il
se trouvât moins de mots piquants, et plus de calme et de sé-
rieux.
    La force et la faiblesse du livre nous semblent consister dans
la méthode logique que l'auteur manie avec un talent extra-
ordinaire. De là vient sa force : en effet, Strauss bat souvent
en brèche avec le plus grand succès, les mille arguments in-
soutenables et les mille opinions peu fondées qu'il rencontre
dans sa marche triomphale. Mais cette puissance de logique
qui fait si souvent sa force, est aussi souvent la cause de sa
faiblesse : car satisfaire la pensée logique en ne tenant aucun
compte des voix plus profondes qui se font entendre dans le
for intérieur de l'homme, repousser les contradictions inhéren-
tes à l'ontologie du théisme et conformes aux besoins de notre
nature, pour se jeter à corps perdu dans un panthéisme inat-