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Il
M. LOUIS BLANC 313
tant, il n'a qu'un défaut, c'est de n'être pas un droit. L'Etat a été
institué pour faire respecter le travail et la propriété des citoyens,
non pour leur en fournir. Il lui est, en effet, impossible de le faire
et, s'il l'essayait, il serait bientôt amené à devenir l'unique pro-
priétaire et l'entrepreneur universel, ce qui, pour être parfaitement
conforme aux principes de M. Louis Blanc, n'en serait pas moins
contraire à la liberté et à la prospérité publiques.
Dans la seconde partie de son ouvrage, M. Louis Blanc indique
les moyens d'établir ce règne de la fraternitédqnt l'ordre de choses
actuel lui paraît la complète négation. S'inspirant des saint-simo-
niens, qui étaient bien plus favorables, comme on sait, à l'autorité
qu'à la liberté, il demande d'abord que le gouvernement soit investi
d'une grande force, afin qu'il puisse briser toutes les résistances que
ses desseins pourraient rencontrer. Il veut ensuite qu'il s'en serve
pour ouvrir un emprunt qui sera affecté à la création d'une multi-
tude d'ateliers sociaux, lesquels, étant tous reliés entre eux et
alimentés par les deniers publics, écraseront par une sainte con-
currence toute, concurrence privée et en rendront le retour impos-
sible. Dans le principe, on allouera à tous les travailleurs des
salaires égaux; mais plus tard on fera mieux encore, on exigera
de chacun un travail proportionné à sa force et on lui accordera
une rémunération proportionnée à ses besoins : c'est la formule
même de Morelly et de Babeuf. Â ceux qui prétendraient que, dans
de telles conditions, le travail sera singulièrement languissant et
risquera bien de tromper l'espérance du réformateur, celui ci, qui
ne tient pas apparemment à se mettre en frais d'invention, répond
encore avec Morelly et Babeuf que, dans la nouvelle organisation
sociale, chacun aura assez d'amour-propre pour travailler de
son mieux attendu que Je paresseux sera assimilé au voleur.
Quant aux fruits du travail, chacun pourra en jouir comme il l'en-
tendra ; mais on trouvera tant d'avantages à vivre en commun
qu'on préférera bientôt ce genre de vie à une vie individualiste et
solitaire. Pour achever d'imprimer à sa conception un caractère
communiste, il ne manquait à M. Louis Blanc que d'abolir l'héri-
tage. C'est précisément ce qu'il fait : il déclare, avec quelque em-
barras, il est vrai, qu'il ne tient pas à le conserver. Cependant il
demande positivement le maintien de la famille : la raison un peu