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                     ISABEAU DE GREMEAUX              »             127

 n'ébranla ce jeune courage et, suivant le caractère que nous lui
 connaissons déjà, elle imagina une nouvelle espièglerie pour ren-
 trer dans son couvent. Elle organisa un petit, voyage à Feuge-
 rolles, avec son frère et trois autres seigneurs. Ce fut probable-
 ment à cheval qu'ils parcoururent cette contrée alors charmante :
les mines, les hàuts-fourneaux, les fours à coke ne l'avaient pas
 encore dévastée comme aujourd'hui où le ciel lui-même en est tout
 obscurci. Au milieu de cette désolation produite par l'industrie,
que l'on prétend être la richesse et le bonheur du peuple, quelques
 oasis nous montrent encore, de nos jours, ce qu'était jadis ce pays :
 agréable assemblage de prairies sillonnées par.de petites rivières
 torrentueuses et de jolis bouquets de bois ; le tout encaissé entre
 des collines parsemées de chênes et de châtaigniers, formant la sé-
paration entre les vallées du Rhône et de la Loire, et lespremières
assises des Cévennes.
    Il faut donc nous représenter cette troupe de jeunesse du dix-
septième siècle, avec ses brillants habits tout chatoyants de plumes
et de rubans ; suivant la jolie vallée du Gier dominée alors par le
pittoresque château de Châteauneuf (donné aux comtes de Lyon,
dans le quinzième siècle, par Isabeau d'Harcourt, dame de Villars
et de Thoire), se dirigeant joyeusement vers notre vieux château
pour y recevoir la plus cordiale hospitalité.
   Mais Mlle de Gremeaux en avait autrement décidé dans son cœur.
Arrivée à Saint-Etienne, qui n'était pas alors la grande ville noire
et populeuse d'aujourd'hui, mais une grosse bourgade ayant en-
core l'aspect rural, quoique envahie déjà par les forgerons, la jeune
fille dit qu'elle désirait revoir, en passant, sa nièce et ses anciennes
mères delà Visitation. Je ne sais où l'attendirent ceux qui l'avaient
accompagnée ; mais, en tous cas, elle né revint plus et resta tout
de bon,'cette fois, dans le monastère qu'elle édifia environ pendant
cinquante ans.
   Dans les autres vocations de ses enfants, nous n'avons pu trouver
la trace de la présence de leur sainte mère dont l'influence se serait
certainement fait sentir d'une manière quelconque. Assurément le
fils aîné n'eut pas ce bonheur ; car ce fut à trente ans qu'il se
décida, et Isabeau ne vécut dans le mariage qu'environ vingt-
deux ans.