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128 LA R E V U E LYONNAISE
Un fils aîné abandonnant tout afin de se faire religieux, quel
coup pour une famille de cette époque, accoutumée à réunir ses
espérances, ses rêves d'avenir sur la tête de ce premier-né, qui,
dans les idées d'alors, semblait désigné par Dieu pour continuer
la race et ses traditions ! Aussi avec quels accents Gaspard con-
signe-t-il cette résolution dans son livre de famille! Certes, si cette
épouse, qui lui était si chère, eût vécu, il aurait parlé d'elle ; mais
la mère de famille était déjà au ciel, et seul il dut subir cette rude
épreuve. « L'ainé, dit-il, après avoir fait plusieurs campagnes vo-
lontairement ou avec des charges et acquis beaucoup d'honneur,
son père le voulant marier richement en l'âge de trente ans, il le
supplia d'exécuter cette bonne volonté pour un de ses frères et
d'agréer qu'il quittât le monde pour se dévouer tout à Dieu ; et
après beaucoup de résistance de la part du père, et avoir versé
beaucoup de larmes ensemble, le père lui donna sa bénédiction,
l'embrassa estroitement, fondant en larmes, et lui dit adieu. »
Nous avons déjà dit qu'aucun des cadets n'accepta cette délé-
gation de leur aîné et que tous préférèrent le service de Dieu. Nous
rendrons compte du peu que nous avons pu recueillir à leur sujet,
après avoir relaté les dernières années et la mort de leur sainte
mère.
Isabeau eut un grand bonheur dans les derniers temps de sa
vie, ce fut de rebâtir la chapelle du château que les vicissitudes des
temps avaient tout à fait détruite et dans laquelle était le pèlerinage
encore si florissant aujourd'hui. La chapelle, qui devait céder la
place à la nouvelle de ce temps-là , devait être gothique, si l'on en
juge par une petite porte qui enestrestee comme le souvenir. Celle
que Gaspard et Isabeau édifièrent est dans le style de leur temps ;
mais on y sent le peu de goût des architectes du fond d'un pays perdu
dansla montagne. Cependant, par une singulière coïncidence, les
ornements du plafond sont les mêmes que ceux de la chapelle de
Sainte-Chantal, à Bourbilly : des compartiments en bois, ornés d'un
semisde fleurs, moitié naturelles, moitié fantaisistes, dans lesquelles
sont mêlés la couronne impériale, l'églantine, le souci, l'ancolie,
la tulipe et la reine-marguerite. Ce fut dans cette chapelle, si belle
et si fraîche alors, si délabrée aujourd'hui, que Gaspard et Isabeau
reçurent saint François Régis , vers 1635 ou 1640, année même de