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i2& LA REVUE LYONNAISE Cremeaux était dans l'âge le plus tendre, mais digne déjà de com- prendre les sentiments de sa nièce, et voilà cette jeune fille qui ou- vre son cœur à la sœur aînée qui lui servait de mère. Que l'on juge de l'angoisse d'Isabeau ! Elle avait dirigé Françoise avec la plus grande sollicitude; mais sa fille lui appartenait, tandis que sa jeune sœur lui avait été confiée; qu'allait dire la mère?qu'allait penser toute la famille? Forte cependant de sa conscience, elle fait venir à Feugerolles le tuteur delà jeune fille, un vieux prêtre, ami de la famille, qui, lui aussi, ne voulait pas de vocation hasardée, et l'on entra dans de nouvelles délibérations. Mais M1'8 de Cremeaux n'était pas, paraît-il, d'un caractère à souffrir tant de délais; un jour qu'elle allait voir Mile de Capponi entrée, entre temps, à la Vi- sitation de Saint-Etienne, joignant une aimable espièglerie à la résolution la plus héroïque, elle se tapit dans le tour, et les bonnes religieuses, croyant faire entrer un paquet dans le couvent, y in- troduisirent une novice. Grand fut l'étonnement des parents en voyant apparaître Mlle de Cremeaux derrière la grille. Les reli- gieuses, ravies de cette entrée insolite, lui prêtèrent main forte et ne voulurent pas la rendre. On les menaça de la prendre par force ; mais elles déclarèrent que si l'on arrivait à cette extrémité, elles sonneraient leur tocsin et que tous les forgerons de la rue voisine viendraient à leur secours. Pendant ce temps la cloche des corn- plies sonna à toutes volées ; les tuteurs de MIle de Cremeaux s'ima- ginèrent que c'était le susdit tocsin et, pour ne pas' faire de scan- dale, se retirèrent, laissant la jeune fille momentanément au cou- vent. On lui fit cependant subir de longs interrogatoires auxquels elle répondit'd'une manière admirable dans une si grande jeunesse, et enfin elle eut gain de cause pour le moment. Mais tout n'était pas fini ; lorsqu'arriva l'époque de la prise d'habit, la famille de MIle de Cremeaux renouvela ses instances auprès de la jeune pos- tulante pour qu'elle sortît du couvent. De l'avis de son beau-frère et de sa sœur Isabeau, afin de bien éprouver sa vocation, elle re- vint à Feugerolles pour y demeurer quelque temps ; puis même, comme Feugerolles était un séjour solitaire, il fut décidé qu'elle irait à Lyon, dans sa famille, pour y goûter un peu du monde et de ses fêtes. Sa beauté, son amabilité y rencontrèrent de grands succès, et beaucoup de seigneurs demandèrent sa main. Rien