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                        MAINE DE BIRAN                             147
ces parties qui manquent dans la philosophie de Maine de Biran
la laissent bien imparfaite et offrent presque de tous côtés le flanc
à la critique. De là, l'éclat produit par le nom du philosophe, et en
même temps le crédit nul, à vrai dire, de ses doctrines philosophi-
ques. Un magnifique principe entouré de ruines, et puis beaucoup
à glaner dans des observations de détail, beaucoup de pierres à
relever qui mériteraient de tenir leur place au fronton de l'édifice,
telle est cette noble philosophie qui fait regi^etter qu'elle n'ait pas
su mieux s'organiser.
   Cependant combien elle aurait pu être féconde si elle s'était
alliée, ce qu'elle pouvait faire sans abandon de son principe, à la
doctrine du sens divin récemment reconstituée par le P. Gratry!
Quelle psychologie, soustraite au vain machinisme, basée sur
l'observation, imposante par son caractère scientifique et par la
grandeur de ses conséquences, n'aurait pas pu's'offrir à l'attention
de la philosophie !
   D'une part, la sensibilité avec sa double source, l'une fluant par
l'appareil sensible du corps, l'autre fluant par le sens divin, aurait
reçu les doubles provenances des deux mondes au point de partage
desquels nous sommes placés, le monde de la nature extérieure et
le monde métaphysique, ou, si cette expression plaît davantage à
quelques-uns, le monde de la raison. Avec la sensibilité ainsi
mesurée dans toute son étendue, ce ne serait pas seulement lé
sentiment préparé du côté du corps qui s'expliquerait, ce serait
encore le sentiment communiqué d'ailleurs à l'âme et y devenant
le céleste messager des vérités de la métaphysique, de l'esthétique,
de la morale. Quoi de plus facile, ces données étant obtenues, que
 de construire la théorie des idées, puisque les idées renferment
 toujours l'assemblage de deux termes, l'un puisé dans le monde
 des corps, l'autre pris comme nourriture vitale (pabulum) dans le
 monde métaphysique ou divin. Pour cela, il est vrai, il aurait fallu
 se prêter à reconnaître la passivité des faits intellectuels comme
 celle des faits de l'ordre spécialement sensitif. Mais des obser-
 vations bien recueillies auraient étayé cette doctrine, et à ceux
 qu'elle aurait d'abord effarouchés on aurait répondu par l'autorité
 des plus graves penseurs, Descartes, Locke, Malebranche,Bossuet,
 tous disposés à avouer le caractère fondamentalement passif des