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l'arsenal de la Réforme, Calvin et ses sectateurs inondèrent la France de
brochures dogmatiques, et le plus souvent satiriques et incendiaires, qui, Ã
la faveur du voisinage, se glissaient dans le commerce de Lyon et de là dans
toute la France ».
La Conjuration d'Amboise fut « la première tentative politique des
protestants », qui jusque-là s'étaient bornés à exercer leur propagande, à se
défendre et à se laisser brûler vifs. Les imprimeurs lyonnais s'agitent ; les
Senneton, Charles Pesnot, Jean Saugrain, Louis Cloquemin embrassent
bruyamment le parti des hérétiques ; c'est de l'officine de Saugrain,
devenue le foyer des nouvelles doctrines, que se répandent les libelles
innombrables de la politique protestante. Bref, on connaît l'épilogue : le
meurtre de Barthélémy Aneau, principal du Collège et suspect d'hérésie,
la prise de Lyon par les « hommes » de Condé, les désordres causés par le
baron des Adrets, plus tard la Saint-Barthélémy et les « Vêpres lyonnaises ».
Mais la ligue n'avait pas dit son dernier mot ; une nouvelle réaction se
préparait.
Les catholiques s'étaient réunis en une immense association qui
avait pris le nom de « Sainte-Union » ; Lyon y adhère de toutes ses forces
et bientôt « se considère comme en état de guerre contre le roi ». Il faut à la
Ligue un libraire, et on nomme à ce poste Jean Pillehotte, qui avait succédé
à son beau-père Michel Jouve. Jean Pillehotte fut, avec Buysson, Tantillon
etPatrasson, l'un des plus zélés partisans de la Ligue ; le 2 mars 1589, après
que le Consulat de Lyon, en réponse aux lettres que lui adressait Henri III,
eût « solennellement adhéré à la Ligue », le Conseil tenu à l'Hôtel Commun
ordonne que « les articles qu'ont esté dressez de l'Vnion, seront imprimez
& publiez, ensemble la forme du serment que doiuent faire tous les
habitans de la Ville de Lyon, & [il] enjoinct à Iehan Pillehotte, impri-
meur de ladicte ville, de les imprimer ». Les discours, harangues, exhorta-
tions, déclarations et instructions qu'imprima ou fit imprimer Pillehotte
sont innombrables ; Messieurs du Conseil de la Sainte-Union « connais-
saient » de tous ces libelles et en autorisaient l'impression ; certains d'entre