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Si la Fronde passa, Ã Lyon, politiquement sans trouble, il n'en fut pas
de même de la Réforme, bien que la tolérance y eut été fort large. Une foule
de prédicants avait fait croire que l'Eglise catholique, corrompue et con-
duite par des ignorants, avait grand besoin d'une nouvelle observance ;
Luther, et Calvin plus tard, avaient, comme disaient les Romantiques, « levé
l'étendard de la révolte » ; beaucoup de bons esprits avaient adhéré aux
doctrines nouvelles, et parmi eux les imprimeurs ne manquaient pas I.
N'eussent-ils point, d'ailleurs, été si nombreux, que leur participation y eut
été importante, puisqu'ils furent, bien entendu, le véhicule inévitable du
schisme qui grandissait. Tant il grandit que, le 27 juin 1551, un édit royal
apprit au peuple que les cours souveraines et les juges présidiaux « connais-
saient » désormais des poursuites contre les hérétiques, de leur punition et
de leur correction : « Ne sera imprimé, dit l'édit, ne vendu aucuns livres,
concernant la saincte Ecriture et Religion chrestienne, faits et composés
despuis quarante ans, que premièrement ilz n'ayent esté veus & visités ;
c'est à sçavoir ceulx qui sont imprimez es Ville de Paris, Lyon et aultres
villes circonvoisines dudict Paris où il n'y a Faculté de théologie, par la
Faculté de théologie dudict Paris, & es villes où il y a faculté de théologie
par les docteurs et députez d'icelle. Et pour autant qu'en notre ville de
Lyon, il y a plusieurs imprimeurs et qu'ordinairement il s'y apporte grand
nombre de livres de pays étranges, mesme de ceux qui sont grandement
suspects d'heresie, nous avons ordonné et ordonnons que, trois fois l'an,
sera faicte Visitation des officines et bouticques des imprimeurs, marchans
et vendans livres en la dicte ville, par deux bons personnages, gens d'Eglise,
l'un député par l'archevesque de Lyon, ou ses vicaires, l'autre par le chapi-
tre de l'Eglise dudict lieu, et avec eux le seneschal dudict Lyon, qui pour-
ront saisir en nostre nom tous livres censurez et suspects ». Le supplice,
quatre mois plus tard, de la première victime de cet édit, un pasteur du nom
de Monnier, n'arrêta point la propagande calviniste ; « de Genève, devenue
i.Les Senneton, Pesnot, Louis Cloquemin, Barthélémy Honorât, Thibaud Payen, Claude Ravot,
Jean Saugrain, Jean Frellon, Antoine Vincent, aussi les Gabiano, qui aidèrent à la destruction de la
collégiale de Saint-Just.