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324 MICHEL DUMAS
et le pria de lui envoyer l'artiste le plus capable de traiter
convenablement le sujet qu'elle avait à cœur de voir repro-
duire. Charles Blanc lui adressa M. M., qui venait de
peindre le plafond de la salle des Empereurs romains, au
Louvre.
M. M. se présenta chez Mme Oppenheim, mais celle-ci.
commençait à peine à lui expliquer sa pensée, la nature
et le caractère de l'œuvre qu'elle désirait, que le peintre
l'interrompit brusquement, en s'écriant qu'il était inutile
d'en dire davantage et qu'il avait parfaitement compris.
Mme Oppenheim, un peu choquée, rompit l'entretien en
s'excusant d'avoir dérangé l'artiste, et s'adressa à l'archi-
tecte de l'église de la Trinité, M. Ballue. Celui-ci répondit
qu'il avait son homme, et qu'il s'empresserait de le lui
envoyer. Mais M n e Oppenheim, craignant quelque nou-
veau mécompte, le pria de lui indiquer seulement d'abord
quelques travaux de l'artiste, qui pourraient la renseigner.
L'architecte répondit que M. B., l'artiste en question, venait
précisément de terminer la décoration de la chapelle de la
Vierge, qui se trouve au fond de l'église de Clignancourt.
Mme Oppenheim s'empressa de se rendre à Clignancourt,
une nouvelle déception l'attendait. Cette décoration ne
répondait nullement à la pensée élevée qu'elle avait si reli-
gieusement conservée dans son souvenir. Elle se retirait,
fort découragée, lorsque, traversant l'église, sa vue tomba
sur les grandes peintures de Dumas. Prise d'enthousiasme,
elle fut aussitôt à la sacristie demander son nom et son
adresse, et le lendemain, Dumas fut prié de venir chez
Mme Oppenheim.
Très flatté de la bienveillance qu'on lui témoignait, il
ne put cependant cacher sa crainte que sa demande ne fût
mal accueillie. Il avait déjà une commande, et l'on n'était