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A THÉOPHILE FOISSET 289
sans considérer les réclamations du patriotisme, les intérêts
de la religion parmi nous demandaient le maintien.
Lacordaire vit la Révolution de 1830 comme un coup
providentiel pour la propagation de ses idées. C'est alors
que s'abouchant avec Lamennais, le fougueux absolutiste
tout à coup retourné, et de concert avec Montalembert, il
fonda l'Avenir, dont nous n'avons pas à raconter ici le des-
tin. Et cependant, peu d'années auparavant, Lacordaire, Ã
présent journaliste, écrivait à Foisset une boutade contre le
journalisme, chef-d'œuvre de bon sens et d'esprit, d'une
vérité plus navrante encore pour nous qui avons vu grandir,
avec ses vices, le rôle fatal de cet agent de dissolution.
Mais l'Avenir fut-il vraiment un journal ? N'était-il pas
plutôt une tribune dressée aux quatre vents de l'Europe ?
Les rédacteurs, hommes de doctrine et de passion encore
plus que de parti, ne rêvaient pas de devenir ministres :
combattants sincères, bientôt vaincus parce qu'ils ne vou-
lurent pas quitter leurs sommets « pour se jeter dans le
torrent bourbeux des affaires les plus humaines ».
Lacordaire sortait de la crise en fils dévoué de l'Eglise,
mais brisé et enveloppé d'odieuses défiances. La Providence
ne l'abandonna point, et l'heure approchait où il pourrait
enfin accomplir sa vraie mission. A Stanislas d'abord, puis
à Notre-Dame, il commença ce ministère auquel le prédis-
posaient ses plus géniales facultés. Son éloquence n'était
pas pour les foules populaires ni féminines, mais pour les
foules instruites et jeunes; convenant moins aux chauds
croyants ou aux froids incrédules qu'aux hommes prévenus,
hésitants, en proie au doute, alors légion innombrable.
L'orateur se révèle déjà dans cette correspondance de jeu-
nesse et dans laquelle abondent les passages de haut style.
La pensée est originale, le coloris éclate de vie. Ce n'est
N° 4. - Octobre 1886. Iû