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                           DK MASSILLON                            21

 n'est pas seulement à Versailles que Massillon se montrera
le partisan d'une morale sans adoucissement; dès ses débuts,
en jugeant les hommes, aussi bien que plus tard, en leur tra-
çant des règles de conduite, on le trouve ennemi des ména-
gements qui exposent la vertu et abaissent les caractères.
   A Vienne, il sera moins gêné qu'à Lyon : les convenances
ne mettront pas de frein à sa parole : l'archevêque qu'il
pleure a toujours été un modèle de conduite épiscopale. Son
esprit ne peut s'empêcher d'établir un parallèle entre deux
prélats, morts si près l'un de l'autre, chargés ensemble de
grands mérites et de nombreuses années, surtout lorsqu'on
lui a confié, à si court intervalle, le soin de célébrer leur
mémoire devant leur diocèse et devant la postévité. Aucun
nom n'est prononcé, la charité en eût été offensée, la
modestie également. Mais est-ce une vaine supposition, qui
nous incline à croire que Massillon manifeste quelque inten-
tion de repentir du premier éloge qu'il a prononcé, quand
au début du second il annonce ainsi son sujet :
   « Vous ne verrez pas de ces événements éclatants, où l'orateur peu
instruit de son ministère, vient dans ce lieu saint étaler avec art la
figure,d'un monde profane, et jusque sur le tombeau fatal, donne du
corps et de la réalité au fantôme que le siècle adore.
   « Je n'ai à vous entretenir ici, Messieurs, ni de ces négociations
importantes, qui, arrachant le pontife du sanctuaire, le rengagent dans
le tumulte du siècle, et sous le spécieux prétexte du bien public l'autorisent
à violer ses devoirs particuliers; ni de ces intrigues pénibles, où l'on
voit les interprètes des secrets du ciel devenir les dépositaires des mys-
tères des Cours, les sentinelles de Jérusalem ne veiller presque plus qu'à
la défense de Jéricho, et les docteurs des tribus d'Israël se glorifier d'être
les législateurs des nations.
   « L'histoire de notre pieux prélat n'est mêlée qiCavcc celle de son diocèse ;
ses jours ne sont marqués que par les fonctions de son ministère ; ses
emplois se trouvent tous renfermés dans ses devoirs ; et pour savoir ce
qu'il a fait, il suffit de savoir ce qu'il a dû faire.