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22                     LES DÉBUTS ORATOIRES

  « Nous tirerons donc du sanctuaire même les ornements sacrés qui
vont servir d'appareil aux funérailles de l'oint du Seigneur ; nous ne
prendrons que sur l'autel les fleurs que nous allons jeter sur le tombeau
du prince des prêtres. Le siècle qui n'eût jamais de part à ses actions n'en
aura point aussi à ses louanges (39). »

    On aurait tort de ne trouver là qu'un artifice de rhétorique
et la marque d'un goût qui progresse et se châtie. Au fond,
l'orateur s'exprime de la sorte, autant pour éclairer son
auditoire que pour montrer sa satisfaction de n'avoir pas
rencontré, dans l'existence qu'il entreprend de raconter,
des habitudes que l'Évangile condamne, alors même que le
siècle les tolère. Cette préoccupation est du reste visible en
plus d'un autre endroit du même discours.
    Les vertus si modestes et si simples, la fuite du monde,
 l'amour de la retraite, l'attachement aux saints canons, dont
 se recommandait si haut le pieux archevêque de Vienne,
 étaient précisément celles que Mgr de Villeroy avait eu le
 moins de souci d'acquérir et de montrer. Le panégyrique
 de l'un ne tourne pas évidemment à la satire de l'autre ;
 le bon sens et le tact étaient suffisants pour empêcher une
 pareille bévue; mais ne semble-t-il pas que la louange soit
 d'autant plus étendue dans le second cas qu'elle avait été,
 dans le premier, plus restreinte, ou pour mieux dire, plus
 impraticable ?
  Telle quelle, l'œuvre du débutant que son éloquence mè-
nera un jour au siège épiscopal de Clermont et à un fauteuil
de l'Académie française, a donc une importance égale à son
mérite : elle nous permet d'apprécier, dans la première
occasion solennelle qui lui fut fournie, un des talents qui
ont le plus illustré la chaire ; elle nous laisse, sur un des


     (39) Å’uvres de Massillon, t. III. p. 8 et 9.