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UN MARIAGE SOUS LES TROPIQUES. 331 scrupules de votre âme de sainte. Pendant que je vais échapper par l'absence aux tortures quotidiennes qui m'é- treignent ici, vous, ma mère adorée, continuez le sacri- fice sublime qui seul peut me sauver. Sondez, fouillez l'abîme de cette poitrine où je n'ai pu trouver un sentiment honnête; voyez si la conversion est possible, si Dieu n'ac- cordera pas un miracle à vos vertus ! Quand vous aurez prononcé mon arrêt, je le subirai avec courage, je me ré- fugierai dans votre sein et Dieu me pardonnera. Bodolphe, en embrassant sa mère, sentit renaître un vague espoir de changement dans le caractère de sa femme, mais Wilhelmine songeait bien plus à l'enfant dont les grâces pourraient peut-être un jour conjurer la fatalité de cette union ! On partit pour Chirimayo. Herminia rayonnait de joie, mais elle n'était ni plus gracieuse ni plus empressée. Son triomphe, car elle triomphait pleinement, ne se manifes- tait par aucune prévenance. Elle croyait avoir été la plus adroite et n'en savait gré à personne. Le voyage fut lent, pénible, désagréable pour M. et Mme de Czernyi qui crai- gnaient à chaque instant un accident dans l'état de leur belle-fille. Le seul épisode qui signala la route serra dou- loureusement leur cœur. On était dans la saison des pluies, et les voyageurs ne purent éviter un orage qui les mouilla jusqu'aux os. Arri- vés au tambo, chacun s'empressa de changer de vête- ments. Mais au lieu de se retirer dans son réduit, ne gar- dant que l'absolu nécessaire, la poitrine et les épaules nues, Herminia courut se sécher à la flamme du foyer où cuisinaient les arrieros et autres gens de bas étage. — Mon Dieu, mon Dieu! s'écriait Wilhelmine, qui rendait par cette seule exclamation la répulsion profonde que lui causaient de pareilles mœurs.