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LES CHASSEURS DE RENNES. 307
visse fossile, à demi encastrée dans sa gangue calcaire
et qu'il travaillait à nettoyer.
— Une pièce unique, continua-t-il, admirable de con-
servation et complètement inédite. Je viens d'en finir la
description.
— Et peut-on vous demander de quel nom vous avez
baptisé cette merveille ?
— Glyphœa Claudiœ, balbutia le vieux géologue en
rougissant jusqu'au front et en baissant les yeux d'un
air embarrassé-
J'avais l'explication de son trouble. Il lançait son écre-
visse dans le monde sous le patronage de sa vieille gou-
vernante et lui avait donné le nom de Claudine pour
faire passer ce nom à la postérité, suivant les expressions
de la marraine.
— Il n'y a qu'un malheur, cher docteur, interrompis-
je : C'est que votre écrevisse est décrite. C'est une va-
riété du bathonien inférieur de la Glyphœa Regleyana,
(Meyer).
Je me redressai fier de ma science; la veille un de mes
amis, grand géologue, m'avait précisément envoyé une
petite brochure où figurait dans une planche magistrale
le fossile en question, qu'il était impossible de mécon-
naître.
J'étais cruel. Le pauvre docteur devint aussi pâle qu'il
était rouge un instant avant.
— C'est bien possible, dit-il d'une voix sèche et brève;
et il jeta, au risque de le briser, son précieux échantillon
dans un des tiroirs de sa collection.
Je feignis de ne pas remarquer son trouble, un peu
embarrassé moi-même de deviner ce que l'excellent doc-
teur voulait peut-être me cacher, et fâché, au demeurant
d'avoir mis à mal sa candeur et sa bonhomie. Par con-