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168            UNE VISITE AU THÉÂTRE ROMAIN

effacer, jusqu'à la dernière trace d'un monument gallo-
romain, dont on distinguait encore la fondation complète
en 1839, sur le versant septentrional de la butte de Mont-
martre.
   C'est par faveur que j'ai pu pénétrer dans l'enclos où
gisent les ruines du théâtre antique. En effet, ce local est
occupé par l'œuvre excellente de Notre-Dame de Compas-
sion, asile ouvert aux malheureuses filles perdues qui veu-
lent rentrer dans la bonne voie ; mais, accompagné du di-
recteur du pensionnat des Minimes et de l'aumônier de
l'œuvre susdite, j'ai pu observer les restes antiques dont
je fais la description.
   Ainsi que je l'ai dit, on ne découvre que de bien petits
 souvenirs matériels, et des fouilles seraient nécessaires,
afin de pouvoir se rendre parfaitement compte de ce mo-
nument gallo-romain. Il n'en reste presque plus de vesti-
ges, et l'on a même fait des murs de soutènement pour
empêcher une ruine plus complète qui risquerait d'em-
porter le terrain supérieur. C'est à peine si l'on peut re-
trouver deux ou trois petits arcs de voûtes. Le gneiss a
été employé à cette construction antique, et lorsque cette
roche, composée de feldspath laminaire et de mica, se
trouve dans des conditions de dureté, elle doit donner de
bons matériaux pour la maçonnerie, parce qu'elle se dé-
bite facilement en façon de plaques, lesquelles liées par un
 excellent ciment, donnent à l'œuvre une grande solidité.
 Cet emploi du gneiss, débité en plaques, n'a pas néces-
sité, ainsi que dans nos aqueducs, l'emploi de couches
intermédiaires de briques ; mais le temps et la main des
hommes ont accéléré, ici comme ailleurs, la ruine des mo-
numents de l'antiquité.
   On a attribué le désastre de notre théâtre à l'invasion
des Sarrasins, en 732, et les actes des xive et xve siècles