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               UN MARIAGE SOUS LES TROPIQUES              85

 neux du côté de sa belle-mère et, la désignant à une de
 ses amies :
   — Elle pleure ! fit elle à voix basse, ah ! elle pleure !
Elle se. presse, Anita, car je te jure qu'elle aura d'autres
larmes à verser !
   M de Czernyi et sa femme ne restèrent que peu de
temps au bal, où ils laissèrent les jeunes gens. Vers mi-
nuit ceux-ci rentrèrent. Herminia avait l'œil en feu, la
joue empourprée. Elle s'avança vers la comtesse :
   — Adieu, lui dit elle. Je vais me coucher, j'ai trop bu !
   Wilhelmine la regarda fixement avec un sentiment de.
répulsion douloureuse qu'elle réprima en apercevant la
figure grave de Rodolphe. Les Fléming avaient abandonné
leur fille au moment où la bénédiction du prêtre lui avait
donné un autre nom. Fidèle aux traditions de suprême
bienséance dans lesquelles elle avait' été élevée, la com-
tesse se chargea de conduire dans la chambre nuptiale la
fiancée, qui ne comprenait rien à de pareils ménagements;
puis, quand elle eut refermé sur Rodolphe la porte- du
sanctuaire, elle vint tomber h demi morte dans les bras de
M. de Czernyi, qui la pressa silencieusement contre sa poi-
trine. Un torrent de larmes soulagea bientôt le cœur de la
pauvre mère et, pour la première fois, alors qu'il était trop
tard, le comte vit clair dans cette âme d'élite et frissonna
en lui-même en" songeant à l'avenir.
   Pendant que ces scènes intimes se déroulaient dans le
secret de la nuit, il-s'en passait une autre, étrangement
significative, dans un quartier opposé de la ville. Tous les
jeunes gens de Chirimayo avaient été mis en réquisition
pour le bal du gouverneur et se seraient gardés de man-
quer une si belle occasion de danses et de libations joyeu-
ses; mais en même temps que le papier officiel annonçait