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J. TERRAS ET C e . 283 Jésuites peuvent bien, escomptant l'avenir, avoir un peu de patience. Ainsi faisaient-ils, il faut le dire, en considération sans doute de ce fameux Chalendrèse, lequel, tout le monde doit le savoir, car la marquise ne le cachait à personne, fut aulhentiquement tué à la bataille d'Azincourt. Ces choses-là font bien dans une famille, pourvu qu'on le sache. Philippe Charvet, j'en suis sûr, avait aussi perdu, dans cette bataille où l'on tua tant de monde, quelqu'un de ses ancêtres; seule- ment, et c'est la le malheur, personne n'en avait jamais parlé. La veuve d'un Chalendrèse, tant ruinée soit-elle, sait vivre, petitement s'il le faut, mais fièrement. On est mort a Azincourt et ailleurs avec des gens dont les fils ne laisse- ront pas les vôtres dans le besoin. On a été aussi, en 9 3 , un peu guillotiné en très-bonne compagnie; on a des rela- tions, des protections ; on sait inspirer de l'intérêt, à dé- faut d'un sentiment plus vif; on est discrètement assisté; on sait s'en apercevoir juste ce qu'il faut pour sauvegarder l'honneur du nom; le fils est élevé, protégé, placé, poussé. C'est du reste un charmant garçon,-un vrai Chalendrèse, qui se trouve, à 22 ans, faute de mieux, garde général des forêts de l'Etat. De l'Etat, s'il vous plaît, de l'Etat, que l'on sert, et non du gouvernement dont on fait peu de cas. Ainsi l'on ne transige guère avec ses principes, et même, a ce qu'il paraît, on ne déroge pas beaucoup. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est flatteur pour cette administration forestière, il est admis que ces fonctions ne sont pas exclusives d'une certaine noblesse, au moins relative, où l'honneur du gentilhomme étouffe moins que dans telle autre carrière administrative ; on conçoit un marquis forestier,. on ne le supporterait pas gabelou.., Je l'aimerais mieux prêtre ou soldat, mais ce sont la des vocations et non pas des emplois. Il y a tout profit 'a être élève des Jésuites. On est bien