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DU CHEVALIER DR BOUFFI.ERS. 331
porte, décidément j'avais raison, il y a là dessous quelque jalousie
cachée. Seriez-vous aussi amoureux d'Aline?
LE MARQUIS. Vous êtes cruelle, comtesse; pourquoi prolonger
cette plaisanterie ?
LA COMTESSE. Plaisanterie, dites-vous, je crains, moi, que cela
ne soit très-sérieux, car vous connaissez le modèle du portrait.
LE MARQUIS. Et quand cela serait !
LA COMTESSE. Il faut vous préparer à une surprise, à laquelle
vous ne vous attendez guère. Vous sera-t-elle agréable ou désa-
gréable ? je l'ignore.
LE MARQUIS. Comtesse, je suis prêt à tout, mais laissez-moi
voir...
LA COMTESSE. La personne n'est pas loin d'ici, vous lui portez
même quelque intérêt.
LE MARQUIS. Qu'importe, voyons.
LA COMTESSE. Et je ne sais en vérité s'il ne vaudrait pas mieux
pour elle, comme pour vous, anéantir ce portrait avant que vous
ne l'ayez vu.
LE MARQUIS. C'en est trop, vous me faites bouillir !
LA COMTESSE. Vous en aurez du regret, je vous en préviens.
LE MARQUIS. Je n'y tiens plus et il faut que je sache... — (Il veut
saisir le portrait, la comtesse le lui donne ; il regarde et reste stu-
péfait). Aline, le portrait d'Aline!
BOUFFLERS. Je te le dis depuis deux heures et te voilà tout
étonné; t'attendais-tu donc à voir le portrait du grand Mogol?
LE MARQUIS. Votre filleule, la petite Aline!
LA COMTESSE. Dont vous êtes jaloux, marquis, convenez-en.
LE MARQUIS. Oh! madame, pardonnez si j'ai pu un instant...
l'excès de mon amour doit me servir d'excuse. {A Bouffiers). Com-
ment, mon pauvre ami, c'est pour cette petite que tu as prodigué
tant d'esprit, de grâce, de sentiment en prose et en vers?
BOUFFLERS Mon Dieu, oui, marquis; tu comprends mainte-
nant pourquoi je tenais tant à ne pas laisser voir ce portrait, je
craianais les railleries.
LE MARQUIS. NOUS te garderons le secret, tu peux être tran-
quille. (Begardanl le portrait.} Voilà donc cette créature incoin-