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332 UNE AVENTURE
parable auprès de laquelle toutes les beautés de la Géorgie et de la
Circassie ne sont que des laiderons. Ah ! ah ! ah ! Satané poète,
va, tu nous la donnais belle. Tiens, reprends cette image adorée.
BOUFFLERS (avec un soupir). Je n'y tiens plus.
LE MARQUIS. Patatra, voilà l'idole parterre.
LA COMTESSE. Donnez-moi ce portrait, c'est celui de ma filleule
et je tiens à le conserver.
LE MARQUIS. Oui, avec ça, comtesse, que votre filleule.... l'au-
rait-on jamais cru avec ses airs innocents?— Car enfin l'histoire
est vraie !
BOUFFLERS. Hélas ! marquis, il faut encore que je l'avoue ici,
pas un mot de vrai, à cela près qu'un jour j'ai aperçu Aline et
que j'ai dessiné son portrait de souvenir ; le reste est une fiction
poétique.
LE MARQUIS. « Menteur] comme un poète, » le proverbe dit
vrai, et je commencera comprendre pourquoi le sage Platon ex-
pulsait ces messieurs de sa République.
. ' SCÈNE V.
LES PRÉCÉDENTS, ALINE.
ALINE. Une lettre pour madame la comtesse.
BOUFFLERS. N'est-il pas temps, marquis," d'aller trouver de
Lornange ?
LE MARQUIS. Ah ! j'oubliais de te dire!;: le vicomteym'achargé,
en présence de plusieurs amis, de te faire des excuses. « J'ap-
prends à l'instant, m'a-t il dit, que la guerre va recommencer, et
deux braves gentilshommes, en pareille circonstance, doivent
garder leur épée pour le service du roi. »
LA COMTESSE* [tendantf.au marquis la lettre qu'elle vient de par-
courir). Une lettre de matante, Mme de Blamont, elle vous inté-
ressera marquis.
LE MARQUIS.^(Parcourant des yeux[la lettre). Tout est prêt au
château de Blamont pour nous recevoir, et madame votre tante
veut que dans| huit jours notre union^soit célébrée (baisant la
main de la comtesse.) Comtesse, vous voyez le plus heureux des
hommes, (à Boufflers.) Chevalier, tu seras mon témoin.