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NOTICE SUR M. D'AIGUEPERSE^ 391
arrêté par un certain ide'al de perfection qui semblait fuir
devant lui, a mesure qu'il cherchait à l'atteindre. Nous dou-
tons, pourtant, qu'il eût pu jamais se déterminer a faire ce
qu'on appelle un livre. La seule pensée de tenir son attention
longtemps suspendue sur un grand ensemble d'idées ou d'ob-
jets effrayait trop son imagination. Il ne pouvait souffrir que
l'étude lui fit attendre les satisfactions qu'il en espérait, et
voulait des résultats prompts. Il aimait avant tout a jouir du
travail des autres, par exemple, a savourer une ode d'Horace,
une lettre de Cicéron, de Pline ou un passage de César.
Puis, s'il mettait la main à une œuvre quelconque, il fallait
qu'il en vît le bout dès le début. De là , ce goût persistant
à ne s'attaquer qu'aux parcelles de la science, à ne traiter
que des questions isolées. Quoi qu'il en soit, ses opuscules
sont de vrais modèles du genre. On y trouve une discussion
toujours claire, concise et calme ; il a le mot de la chose ;
rien de trop, il sait s'arrêter à temps et ne fatigue jamais-
l'attention. Son style est correct, sans parure recherchée,
et pourtant d'une élégance soutenue ; c'est ce style à la fois
simple et fin du siècle passé, style qui, de jour en jour, va
en se perdant parmi nous.
Mais laissons le savant, le littérateur, pour revenir Ã
l'homme. L'union de M. d'Aigueperse avec M1Ie Marie-Antoi-
nette Perret lui avait donné dix enfants, quatre fils et six filles.
Mais ici l'attendaient les épreuves. De ses six filles, quatre
seulement vécurent, et la mort enleva l'un après l'autre tous
les fils, le dernier plus cruellement que ses frères, car il fut
écrasé par la chute d'un meuble, a l'âge de cinq ans. Le mal-
heureux père ne pouvait se rappeler le souvenir de cette catas.
trophe sans verser des larmes, et il n'en parlait jamais. Trois
ans après la mort de son dernier fils, la Providence, qui sem-
blait n'être rigoureuse à son égard qu'à cet endroit du cœur,
lui redemanda son épouse. M. d'Aigueperse soutint ces pertes