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392 NOTICE sun M. D'AIGUEPERSE.
répétées avec une résignation toute chrétienne, et comprit
admirablement les leçons qu'il recevait d'en haut. 11 ne pou-
vait être averti d'une manière plus sensible, car nul plus que
lui ne vécut davantage de la vie des siens. On peut dire qu'il
était, par excellence, l'homme de la famille. Il lui consacrait
tout le temps qu'il ne donnait pas aux affaires ou à l'étude.
Chaque année, à l'époque des vendanges, il en rassemblait
les membres dans son beau domaine de Régnié. L'a, entouré
de ses enfants et de ses petits enfants, il se livrait à toutes
les jouissances de la paternité. Jamais il n'était plus aimable
que pendant le temps que durait cette réunion toute pa-
triarcale.
Quand nous rappelons la large part qu'il faisait a la famille,
nous ne devons pas oublier celle qu'il accordait a l'amitié ;
il eut le bonheur d'avoir de nombreux et sincères amis. Mais
nous devons ajouter qu'il choisissait ses intimes parmi ceux
qui partageaient ses goûts littéraires; et on le conçoit bien,
M. d'Aigueperse n'était point une de ces natures sentimentales
qu'on captive ou qu'on entraîne par de vagues sympathies; si
on voulait pénétrer avant dans son cœur, il fallait plaire a
son esprit. Allait-on le voir? on l'intéressait peu si, après les
premiers compliments, on n'entamait avec lui le chapitre
des anciens ou des modernes, ou si on ne l'aidait a déchiffrer
le sens d'une inscription récemment découverte, à résoudre
un point difficile contesté par les érudits, selon le courant
d'idées qui occupait alors son attention. Entrait-ou dans son
élément? les plus longues visites lui paraissaient courtes, il
ne se prêtait plus, il se donnait, se prodiguait.
M. d'Ajgueperse ne ressemblait pas a'certains hommes du
monde,qui s'imaginent mériter le nom d'hommes religieux, en
se faisant, à leur guise, une religion facile. Eclairé par son bon
sens, il comprenait qu'en une telle matière la fantaisie ne peut
être permise ; il avait la religion de l'Eglise catholique et en