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252 BIBLIOGRAPHIE.
Vous aimez le Champagne, et moi le Chambertin ;
J'adore le veau froid, et vous les écrevisses ;
Vous vous feriez fouetter pour un plat de saucisses ,
J'ai failli me damner pour cinq sous de boudin.
Cette strophe n'est point de Musset.
On pourrait aisément s'y tromper,
Elle est encore de M. Barbier et fait suite aux précédentes.
Si tout le volume eût été de ce style , nous aurions dit certai-
nement avec l'auteur :
Peut-être, sort cruel ! dans cette foule immense,
Pauvres Feuilles d'avril, nul ne TOUS sourira,
Tristes, vous passerez, et le morne silence
Dans l'oubli vous rejettera.
Et nous n'aurions pas eu la force de blâmer la ville de Paris
à qui l'auteur crie d'une voix douloureuse :
Que te font, ô Paris, les chants de tes poètes?
Ils meurent étouffés sous tes accents fiévreux.
Paris a des palpitations de joie ou de colère à la voix de ses
orateurs, des frémissements d'effroi aux accents de ses tragiques,
des applaudissements enthousiastes pour les œuvres de Lamar-
tine, de Ingres, de Rossini. Si Paris a salué de ses battements de
mains l'apparition des Méditations et des Harmonies et qu'il
soit resté froid pour l'Histoire de Turquie, par exemple, ce n'est
pas la faute de Paris.
Poussée vers ces parages funestes, jetée sur ces écueils où
tant d'autres ont sombré , la barque de M. Barbier devait périr
corps et biens ; elle paraissait perdue, mais notre poète comprit
le danger; d'un œil perçant il découvrit la route à suivre et au-
jouni'hui nous n'avons plus de crainte pour son avenir; quand
on a gagné certaines latitudes on est sauvé.
Voici les vers gracieux, délicats, pleins d'harmonie et de dou-
ceur que le poète adresse à un ami .-
J'habite une simple chaumière
Qu'entoure le vert aubépin,
La vigne y grimpe avec le lierre ;
Vis à vis est le mont; derrière
Sont mon verger et mon jardin.
A. ma porte est un banc de mousse
Où tout voyageur peut s'asseoir,
Où le mendiant qu'on repousse
Trouve une parole plus douce
Et partage mon pain du soir.