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ÉTUDE SUR LA CRÉMATION. 71
Mais avant de pousser plus loin cette étude, il faut vider de
suite la question toute spirituelle, toute métaphysique qui s'y
rattache. Examinons si la crémation est conforme, d'abord à la
loi naturelle, Ã la morale pure, et en second lieu, Ã la loi reli-
gieuse , catholique. Peu importerait de la juger bonne en fait,
en pratique, si à ces deux points de vue elle devait être con-
damnée.
§. IIIe. — POINT DE VUE MORAL, RELIGIEUX.
Et d'abord, en dehors de la religion révélée, la loi naturelle,
la morale pure n'ont rien, ce me semble, qui réprouvent la créma-
tion. Elle doit, tout au contraire, leur être en faveur. C'est un
remède héroïque pour échapper à la suprême dégradation de ce
corps qui a participé intimement aux grandeurs de l'âme dont
il fut le reflet.
Mais c'est surtout en ce qui concerne la mémoire et la véné-
ration des morts que la morale trouverait son compte dans ce
système. Le culte des défunts ne peut être qu'imparfait avec la
méthode des cimetières. Dans ce dernier et funèbre asile, le.
mort est bien loin des parents qu'il a laissés vivants ; ils partent,
ils changent de contrée, et les voilà pour toujours séparés d'une
cendre chérie ! Dans ces grandes nécropoles où le moindre
pouce de terre se paie au poids de l'or, peu de fortunes ont le
droit de prétendre à un emplacement perpétuel, et voilà donc
qu'il faut se résigner à voir, de cinq ans en cinq ans, violer
de par la loi, et comme jeter au vent les restes encore non con-
sommés de ses proches !
En brûlant les corps on évite cette espèce de profanation. Les
cendres d'un père deviennent alors une précieuse relique
gardée religieusement par les fils. L'urne à laquelle on les confie,
qu'elle soit d'or ou d'argile, se transforme en un véritable pala-
dium du foyer domestique, elle remplace, Ã bien meilleur titre,
les dieux Lares et les Pénates des logis antiques. Le riche, le
pauvre, sont sans acception de fortune et de naissance,
dépositaires de la poussière vénérée de leurs aïeux, ils vivent et
dorment auprès d'elles, ils trouvent dans cette chère présence,
des consolations, des exemples, des souvenirs et souvent des ins-