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72 ÉTUDE SUR LA CRÉMATION.
pirations ; ils semble, en un mot, que le mort n'ait pas quitté le vif.
La meilleur preuve qu'on puisse alléguer de la bonne harmo-
nie qui règne entre la crémation et la morale naturelle, c'est
que, depuis de longues années, on en use parmi nous, presqu'Ã
notre insu, d'après les règlements de l'autorité elle-même, et
sans que ce fait ait jamais soulevé, dans le public, ni réclama-
tion ni répulsion. Effectivement, ne brûle-t-on pas , dans un
lit de chaux vive, les cadavres mutilés sortis de nos hôpitaux?
N'est-ce pas le seul et vrai privilège de cette navrante et
triste sépulture? Et qu'est-ce que cela, sinon la crémation,
la crémation encore imparfaite, il est vrai, et dans an état d'en-
fance et de barbarie ?
La religion chrétienne, à franchement parler, semblerait avoir,
au premier abord, une tendance hostile à ce mode de sépulture.
Cette tendance, que ne justifie d'ailleurs aucun texte formel
dans les livres sacrés, lui vient de ses traditions et de ses
doctrines. De ses traditions : car, procédant sur beaucoup de
points du culte hébraïque, elle en a conservé les coutumes et
les symboles qui concordent avec la loi nouvelle, régénérée par
le Christ. C'est ainsi que nos basiliques retentissent encore de
la sublime poésie des hymnes hébreux ; c'est ainsi que les
ornements sacrés de nos prêtres offrent, dans leurs coupe et
leurs dispositions, la reproduction presque fidèle de ceux qui
brillèrent jadis sous les voûtes somptueuses du temple de
Salomon. De même, nous avons suivi le peuple de Dieu dans
la pratique de ses inhumations, car nul n'ignore que les Juifs
ensevelissaient presque toujours leurs morts, non pas en terre,
mais dans des sépulcres taillés dans le roc*, or, ce mode de
sépulture existait en vertu d'une sorte de droit divin, puisqu'il
avait été prescrit par la loi mosaïque à qui rien n'était échappé,
dans les plus petits détails de la vie et de la mort. On peut donc
dire qu'en se rattachant à cette tradition, le christianisme n'a
fait, pour ainsi dire, que se conformer au vœu divin.
D'autre part, le dogme chrétien, et spécialement la doctrine
catholique sont portés à envisager le phénomène de l'inhuma-
tion çoininc le dernier, le plus juste et le plus solennel caractère