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180 SONNETS HUMOl'IUSTIQUES.
cile à obtenir après tant d'oeuvres poétiques éminentes, amène
quelquefois comme condition presque impossible à éviter, la
recherche, la subtilité, une certaine préciosité dans les images,
que l'on ne saurait voir 6ans inquiétude se produire dans la poésie
et même dans la prose de notre temps. Sans doute il est diffi-
cile d'être neuf et simple en même temps. Nous concevons cette
horreur des choses banales et ce désir de la nouveauté qu'at-
testent un certain nombre de récentes productions poétiques,
mais ce serait un symptôme bien funeste pour l'avenir de notre
littérature, si nous étions devenus incapables de goxiter la beauté
simple. C'est l'amour du beau et non pas la curiosité et l'amour
de l'imprévu qui est la vraie source de l'émotion poétique.
M. Soulary a prouvé qu'il est assez poète pour nous émouvoir
avec des choses simples et des expressions exemptes de toute
recherche. Il sait donner à son style une admirable concision;
sa langue et sa pensée sont pures de toutes langueurs ; cet art
de dégager sa peinture de tous les accessoires inutiles, lui im-
prime à la fois la vigueur et l'originalité. Il s'est approprie en
maître ce moule du sonnet si difficile à remplir d'un métal parfai-
tement homogène et pur. Dans ce court espace de quatorze vers,
il sait condenser un tableau aussi complet qu'en plusieurs pages.
Plusieurs de ses sonnets contiennent de petits drames tout à fait
achevés, et comme il est bien vrai que ce n'est pas la dimension
mais la perfection d'une peinture qui en fait la valeur, nous
pouvons dire qu'il y a dans ce volume plus d'une page qui ren-
ferme à elle seule plus d'art et plus d'émotion qu'un long poème.
Je vais en mettre sous vos yeux quelques-unes prises presque au
hasard.
LES DEUX CORTÈGES.
Deux cortèges se sont rencontrés à l'église.
L'un est m o r n e , — il conduit la bière d'un enfant.
Une femme le suit, presque folle, étouffant
Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.