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492                     DE L'ENSEIGNEMENT
 avant tout de créer des hommes de sens ; nous le pensons
 comme eux. Les nobles facultés qui font les poètes, les artistes,
 les hommes d'enthousiasme se feront jour toutes seules ; elles
 sont si vivaces que l'enseignement lui-même si mal conçu qu'il
  soit, ne saurait les étouffer. C'est le droit sens, le sens commun,
 le sens pratique que l'éducation doit cultiver, et dont nous
 devons avant tout maintenir l'intégrité dans nous-même, que!
 que soit le genre de nos études.
    Eh bien ! c'est surtout en prenant ce but principal, unique,
 posé comme tel par les lettrés ainsi que par les savants, le but de
 créer des hommes de sens, que nous verrons éclater la supé-
 riorité des études littéraires.
    Un savant illustre, le plus populaire de nos savants, plaidant
 la cause des sciences à la tribune de l'ancienne chambre, contre
le plus grand de nos orateurs et de nos poètes, demande, à
 propos des objections faites contre la prépondérance des mathé-
matiques dans l'éducation, comment, en habituant l'esprit à
 raisonner, on arriverait à fausser le jugement. On peut lui ré-
pondre que cela se fait précisément en habituant l'esprit à rai-
 sonner, comme on raisonne dans les sciences exactes.
    Lorqu'on préconise les mathématiques, comme le modèle
par excellence d'une méthode, pour apprendre à raisonner,
sait-on bien à quelles conditions la logique de la géométrie est si
rigoureuse, pourquoi ses démonstrations sont si évidentes ? Ces
sciences qui se sont décorées du nom d'exactes, ne doivent cette
exactitude qu'à l'absence de réalité des objets sur lesquels elles
opèrent. Ces objets ne sont que de pures abstractions, des points
de vue de notre esprit, des entités idéales, mais qui n'ont pas
d'existence dans la nature. Toutes leurs propriétés sont rigou-
reusement déterminées à l'avance par la convention qui les
nomme et les définit. Certainement la géométrie est exacte ;
mais elle n'est pas réelle. Avez-vous rencontré quelque part le
triangle abstrait et la ligne droite des géomètres ? où résident
les nombres séparés des êtres réels dont les propriétés sont si
multiples et si complexes, que la moindre est, sans contredit,
celle de pouvoir être dénombrée ? Qu'est-ce qui fait enfin