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DES LANGUES ANCIENNES. 491
ment apporté par elle dans notre aptitude générale à mieux
sentir, à mieux juger, à mieux agir, en un mot sur la manière
dont elle contribue en nous à l'édification de la personne intellec-
tuelle et morale.
On ne contestera pas que la poésie, que l'histoire, que la mo-
rale, que la théologie ne parlent plus au cœur de l'homme que
la géométrie et la physique. Notre conscience, notre imagina-
tion, notre volonté trouveront-elles à mieux s'éclairer, à se
rendre plus pures par l'observation des faits matériels et des
lois mécaniques de l'univers, que par l'étude de tout ce qui
nous révèle le plus directement la nature et les besoins de l'âme ?
La supériorité morale des études littéraires n'est donc pas Ã
discuter. Il serait tout aussi superflu de démontrer leur action
sur l'imagination, sur le sens du beau, cette noble faculté, la
source la plus vive de tous les enthousiasmes, de toutes les
nobles passions. Quelle vérité formulée par le raisonnement a le
don d'entraîner les hommes comme une vérité révélée sous la
forme du beau? En comparant les sciences qui démontrent avec
les arts qui nous présentent le beau, on peut dire que la beauté
est la plus vraie de toutes les vérités. La beauté, comme s'ex-
prime le divin Platon, a seule reçu en partage d'être à la fois la
chose la plus manifeste comme la plus aimable.
Nous ne ferons pas ici un titre exclusif aux arts, à la poésie,
d'éveiller dans l'âme le sentiment du beau et d'agrandir l'imagi-
nation -, nous n'avons pas l'injustice de méconnaître que les
sciences, que l'astronomie, par exemple, et la géologie, que la
géométrie elle-même sollicitent aussi les hautes pensées et
l'enthousiasme ; à la condition, il est vçai, d'être autrement
comprises, autrement enseignées, qu'elles ne le sont par ceux
qui prétendent isoler l'explication de la nature de l'étude de
nous-même et de la connaissance de Dieu.
Insister trop sur la part qui doit être faite à l'imagination et
au cÅ“ur dans la vie de l'intelligence, c'est se rendre suspects Ã
ceux qui pensent que la raison se fortifie de tout ce qu'on re-
tranche à l'imagination. Prenons la question dans les mêmes
termes que les ennemis de l'éducation littéraire: Le but est