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71 BÉRANGER ET PIERRE DUPONT.
ils ne veulent rien que philosopher ensemble, comme deux sages
de Plutarque, suivre leurs lignes, comme ils disent, au milieu
de nos déviations, de nos spirales politiques; avoir le respect
d'eux-mêmes, cette pudeur des hommes publics; mourir, pour
ainsi dire, en se tenant debont, à la manière des empereurs
romains, sous le regard de la postérité, tous deux dans
l'attitude qui leur est propre. Pourtant, comme la figure du
vieux patricien est plus tourmentée que celle du chansonnier !
Plus malheureux que le Spartiate impassible qui cachait, sous
sa robe, le renard qui le dévorait, il en a deux ; car cet homme
est vrainent double ! Deux esprits habitent en lui : l'esprit
ancien et l'esprit nouveau ; son cœur se partage douloureu-
sement, sa poitrine saigne et se déchire ; [il le sait et n'en laisse
rien paraître ; le front calme, il garde jusqu'au bout la flère
allure du féal gentilhomme.
Béranger n'a pas connu ces combats intérieurs, il est resté
ce qu'il était, et, en dépit de sa renommée, toujours bonhomme
sous les lauriers ; il écrit, dit-on, ses Mémoires et une Histoire
de Napoléon; soyez persuadés que, lui vivant, il n'en sera
publié aucun fragment ; Chateaubriand ne résistait pas au
plaisir de coquetier avec le public, détachant de temps à autre
quelques pages des Mémoires d'Outre-Tomhe ; mais Béranger
s'est tu et se taira. La révolution de 1848 n'a pas même pu lui
délier la langue ; je me persuade que si la voix publique fût
venue chercher Chateaubriand, comme elle alla chercher Bé-
ranger à Passy, pour en faire un représentant, jamais l'au-
teur du Génie du Christianisme ne se serait décidé à déserter
l'arène.
Depuis Béranger, un seul poète s'est présenté, pour recueillir
son héritage, et déjà son nom est fort populaire : c'est M. Pierre
Dupont. Ne fut-ce qu'Ã titre de compatriote, M. Dupont aurait
des droits à notre attention ; mais il en a d'autres et de sérieux.
Un jour, Saint-Ange, le traducteur d'Ovide, rencontrant
Chénédollé qui venait de publier le Génie de l'homme, poème Ã
peu près oublié aujourd'hui, l'aborda par ces mots : Je vous ai
lu, ça n'est que sublime; M. Dupont, j'en suis sûr, rirait tout le