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BÉRANGER ET PIERRE DUPONT. 73
premier, si je le prenais avec lui sur ce ton : il mérite mieux que
la louange banale.
M. Dupont a débuté dans la vie littéraire, par un poème
intitulé: les deux Anges. Ce volume, publié en 1844, et cou-
ronné par l'Académie française, ne* révèle, assurément, pas
une vocation poétique bien vigoureuse ; la donnée en est assez
vulgaire : on la dirait empruntée à Robert-le-Diable. C'est un
jeune homme nommé Emmanuel, qui se débat entre deux
femmes, Marie et Eve, lesquelles sont sensées représenter, à ce
que dit l'auteur, le bon et le mauvais génie. La lutte se termine
naturellement par le triomphe d'Alice, ou plutôt de Marie. Ce
poème n'est, en somme, qu'une variété des nombreuses imita-
tions du Jocelyn de Lamartine ; mais il respire, ce qui est de bon
augure, la tendresse et la piété, toutes les primeurs du cœur.
Une circonstance à noter en passant, c'est que le montant
des souscriptions recueillies pour la publication de ce poème,
était destiné à racheter le jeune poète du service militaire; Aussi,
dans les dernières lignes de sa préface, disait-il, à propos de
ses souscripteurs : « Ma reconnaissance et mes vers ne suffisant
pour les dédommager, il ne me reste plus qu'à leur montrer le
ciel où est le prix de toute bonne œuvre. » A coup sûr, c'est
finir en sermon ; mais, pour mon compte, je goûte fort cet
accent candide, cette émotion naïve ; je n'en ris pas, et je ne
puis m'empêcher de remarquer que c'est ce timide poète, si peu
enclin au métier des armes, qui écrira plus tard certaines
Marseillaises, passablement guerrières. Cette nature, amou-
reuse de paix et de tranquillité, nous donnera le Chant des
Soldats. Il est vrai que le pâle et maladif Weber, le père de
Freyschùtz, le musicien qui a le mieux chanté la chasse, ses
plaisirs, ses enivrements, sa poésie pittoresque et sauvage
n'avait jamais serré autour de ses reins le ceinturon de cuir,
posé le mousquet sur l'épaule et porté la trompe en sautoir.
A en croire M. Dupont, le héros de son poème, Emmanuel,
ne serait qu'un personnage de fantaisie; il l'affirme dans la
préface. Il est difficile cependant d'admettre qu'il ne se soit
peint lui-même dans Emmanuel. Il y a quelques années, l'auto-