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294 SORTIE DES LYONNAIS.
gueurs exercées sans distinction et sur des gens qui étaient
bien loin de s'y croire sujets, n'ont pas laissé que de dessiller
bien des yeux et de ramener une grande partie de celte pro-
vince à des principes de modération et d'humanité. Javogues
fut heureusement demandé à la Convention ; deux jours plus
tard, quatre-vingt-trois personnes de plus périssaient sous la
guillotine ; leur salut dépendit aussi d'une circonstance assez
particulière: l'infâme député, sur la fin de sa mission, ne
voulait plus faire d'exécution que par centaine et par fournée
de ce nombre ; il lui manquait dix personnes, il attendit quel-
ques jours, et cet arrangement, aussi bizarre qu'atroce,
sauva la vie à cent pères de famille. La Pallu, commissaire
de Javogues, fut aussi rappelé et a été guillotiné à Paris pour
conspiration dans les prisons.
Il y eut encore quelques visites dans le mois d'avril, ce
qui m'obligea à me blottir souvent dans mes trous. Un de
mes amis me procura alors un passe-port suisse, moyennant
une somme de deux mille livres, mais malheureusement il se
trouvait faux.
Le printemps renouvela l'activité des Jacobins et de leurs
comités de surveillance. Toutes les nuits nous étions menacés
de nouvelles perquisitions; je crus devoir changer de cachette,
je choisis de préférence un hangar très-aéré, rempli de paille,
attenant à la maison de P. L... Tous les soirs, je me cachais
dans cette paille, je pouvais facilement en sortir sans être
aperçu et me retirer de là dans un arbre creux, au milieu d'un
pré voisin; cet arbre me servit plusieurs fois, je partageais
ce séjour avec les rats qui y ont mangé le seul vêtement que
j'avais pu sauver de Lyon; outre celle précaution, quatre
de mes amis veillaient alternativement autour de moi, ne me
perdant pour ainsi dire jamais de vue et ayant constamment
les yeux ouverts sur tous les dangers qui m'environnaient.
Je passai ainsi les mois de mai, juin et juillet ; il y eut