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204                  SORllE DÉS LYONNAIS.

lorsque tout à coup les dragons et hussards s'écriant tous :
Tue, tue! les chargent, les assassinent. J'entends des cris
affreux , j'entends le cliquetis déchirant des armes de quel-
ques-uns qui se défendaient encore. J'entends une voix ap-
peler : Capitaine Antoine !
    Un mouvement irrésistible me fait lever. Je cours à mes
malheureux amis, lorsqu'un paysan tombe sur moi, m'ap-
puie son fusil sur ma poitrine. J'écarte rapidement son arme,
je lui présente un pistolet, je le menace s'il appelle, s'il crie,
s'il ne me quitte pas; il hésite. Je fais le mouvement de tirer;
il se sauve.
    Mais déjà c'en était fait des malheureux Lyonnais!Ils
avaient succombé ; je ne pouvais plus les secourir.
    Je m'enfonce aussitôt dans le bois, laissant mon manteau ,
mon épée, tout ce que m'avait laissé M. Scmith. J'arrive
dans un fonds ; je marche sur mes mains pour le passer. Deux
hommes me voient : Général, on vous voit. Je leur fait signe
de ne pas crier. Je gravis la hauteur, marchant toujours sur
les mains, et je me trouve dans, un jeune taillis très-épais.
    J'avais vu le bois entouré, je craignais de tomber datis
quelques pelotons de paysans, ou d'être aperçu en continuant
à marcher, je me décidai à rester dans le taillis. Il était à trois
cents pas du lieu du dernier combat. Je n'entendais plus que
ces cris : Rendez-vous, Lyonnais ; rendez-vous , Muscadins !
quelques coups de fusil, et les plaintes déchirantes des mal-
heureux qui étaient dépouillés, mutilés.
    Il était cinq heures et demie. Les paysans se répandirent
dans le bois. Il en passa deux à côté de moi, ils ne m'aper-
çurent pas. La nuit vint et me fit espérer que, contents d'a-
voir pillé, d'emmener leurs victimes, ils se retireraient enfin.
Je résolus de passer la nuit dans le taillis et de n'en sortir
qu'à la pointe du jour, pour reconnaître le pays et sortir du
bois.