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                     SORTIE DES LYONNAIS.                     205

    Ainsi, je me trouvai seul et livré à mes réflexions. 11 était à
 peu près deux heures de la nuit quand j'aperçus deux hommes
 venir à moi. Je les reconnus bientôt; ils étaient des miens;
ils avaient su s'échapper; ils m'avaient vu, ils me cherchaient;
ils venaient me trouver : l'un d'eux connaissait le pays.
   Comment n'aurais-je pas reconnu l'effet frappant de la di-
vine Providence ? Je le sentis dans mon âme. Je rendis grâce à
la main qui daignait me protéger , et je m'abandonnai avec
confiance à ses soins. Heureux, me dis-je, en moi-même , si
elle me réserve pour être l'instrument de ses desseins , lors-
que confondant enfin le crime et ses fauleuis, elle fera rentrer
dans la grâce la France assez punie !
    Je dois couvrir du secret le plus profond tout ce qui est
relatif à ma longue marche , à ma direction sur différents
points et aux personnes vertueuses qui m'ont secouru. Les
nommer, donner seulement des indices, serait appeler sur
leurs tôles la vengeance des monstres qui punissent la vertu,
et n'honorent que le crime. Celte considération m'a souvent
arrêté dans le cours de ce récit. Que de Lyonnais , dont je
vous aurais fait connaître les noms et les traits héroïques! Je
n'ai hasardé que ceux des infortunés que je crois avoir péri.
   Pendant neuf jours entiers je courus à chaque instant le
danger d'être pris avec mes deux camarades. Couchés pen-
dant le jour dans les bois, nous n'osions marcher que la nuit,
allant presque au hasard, et évitant les chemins *et les mai-
sons. Nous avons souvent entendu passer près de nous de ces
féroces paysans qui allaient à la chasse des Lyonnais ; sou-
vent nous avons entendu les cris de ceux qu'ils découvraient,
et le bruit du coup qui les assassinait.
   Nous souffrîmes encore l'horreur de la faim et de la soif.
Réduits au sort de ces animaux redoutés , qui, affamés, vont
chercher leur proie dans l'obscurité des ténèbres, nous fûmes
obligés] d'errer pendant la nuit pour découvrir des aliments