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    Ah ! quand la psychologie aura pris l'habitude de consul-
ter les sentiments du cœur, comme jusqu'à ce jour elle a
consulté avec tant de fruit les intuitions de la raison, l'on
s'apercevra que la philosophie, et surtout la poésie, sont loin
d'être épuisées. Dans l'horizon de la pensée humaine, la véri-
té n'est encore qu'à son premier quartier. Le jour où l'on
approfondira ses sentiments, le cœur nous fera assister à de
plus merveilleux spectacles que tous ceux que l'intelligence
humaine a entrevu jusqu'à présent. Ce jour-là seulement tout
homme aura acquis son droit de citoyen dans les domaines de
la pensée; car tous les hommes ne peuvent cultiver leur intel-
ligence et tous peuvent cultiver leur cœur. Vienne, vienne ce
jour où la philosophie ne sera pas seulement le rare apanage
de quelques esprits privilégiés, mais où elle deviendra le par-
 tage des cœurs purs, et où les femmes et les enfants en sauront
 dire plus sur Dieu et sur le Ciel que les plus célèbres docteurs.
 Alors la philosophie, retournant son antique nom, ne sera
 plus seulement l'amour de la science, elle sera aussi la science
 de l'amour. Ne faut-il pas que dès ce monde s'accomplisse
 celte pensée de l'Evangile: « Heureux ceux qui ont le cœur
 « pur, car ils verront Dieu ! »
     Pourquoi est-il des hommes qui n'aiment point Dieu?
 pourquoi même en est-il qui sont fatigués d'entendre pro-
 noncer trop souvent son nom, et qui ont une répugnance pour
 quiconque leur en parle ? Je le sais bien; c'est qu'ils se sont
 formé sur Dieu des idées si ingrates et si dures, ils en ont fait
 un être tellement étranger à la nature humaine, qu'ils se
  trouvent privés de toute sympathie pour lui. Ah! s'ils savaient
 si bienDieu selon leur cœur ! Je tiens, pour moi, que s'il était
  possible à Dieu de se découvrir avec ravissement à ceux qui
  l'oublient au milieu de ce monde, comme il fait aux âmes
  embrasées de son amour, ils ne pourraient plus se résoudre
   à l'offenser, non point par crainte, mais par amour.