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évitera—t—il l'indifférence, cette conséqueuce incurable du
doute?
Le scepticisme, l'indifférence philosophique, tels sont,
MM., les tristes maladies que produit un exercice mal réglé
de notre profession. Est-ce à dire que cette double erreur
s'établisse toujours à l'état de système chez l'homme que
nous étudions? non, MM., elle est rarement formulée dans
son esprit, elle s'y dissimule souvent sous des apparences
dogmatiques, mais elle reste vivante au fond de son cœur et
paralyse tous les nobles élans de la pensée.
j'ai dit que le scepticisme se déguise parfois chez l'avocat
sous le dogmatisme et sous les formes hardies de l'affirmation ;
en effet, l'absence des croyances rationnelles n'exclut pas ces
opinions bien ou mal fondées, qu'il est impossible de ne pas
contracter dans la vie sociale , et qui sont comme l'ameuble-
ment nécessaire d'un esprit qui a la prétention d'être au ni-
veau des connaissances de son temps. Suivant quelles lois ,
ces opinions n'ayant trait qu'Ã des points de vue secondaires
et non pas à l'essence même des questions , suivant quelles
lois et par quels chemins ces opinions s'introduisent-eîles
dans l'intelligence de l'avocat? est-ce par une suite de dé-
ductions rigoureuses ou par une sincère inspiration ? Non .
MM., si je puis risquer ce jugement sans être mal com-
pris , je dirai qu'elles lui viennent du hasard; je me hâte
d'expliquer une expression trop peu philosophique pour ne
pas choquer vos esprits. J'appelle une opinion provenant du
hasard toute idée qui n'est pas le fruit du travail logique ou
de l'intuition spontanée, qui est jettéc dans l'intelligence par
les circonstances extérieures, sans que î'ame ait réagi sur
elle pour se l'approprier par la réflexion-, beaucoup d'idées
de cette nature sont respectables sans doute; c'est même ainsi
que les traditions sacrées sont déposées dans notre cœur pour
y étendre leurs fécondes racines; mais la légitimité de ces
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