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pont de glace que les eaux de la Vence ont jeté sur
la route comme pour s'abriter et suivre saus être troublés
leur course grondeuse. J'entre dans le Sapey. Le Sapey
est la réunion d'une trentaine de maisons à une étage,
recouvertes de planchettes en sapin imitant l'ardoise à s'y
méprendre, ou mieux le Sapey est l'entrée d'une magni-
fique forêt de sapins. Ici la neige et la glace deviennent
imposantes, tout prend une teinte vraiment sévère. Une
boussole bien aimée qui m'a si fidèlement montré mon
pays dans les glaciers des Pyrénées espagnoles devient
 une fois encore ma seule ressource.
   Les premiers moments d'une marche sur la glace sont
empreints d'une défiance instinctive à laquelle la volonté
ne peut rien, c'est un tremblement presqu'imperceptible,
mais bien réel qui court dans les chairs et que l'habitude
seule fait disparaître. Cette habitude heureusement s'ac-
quiert en moins d'une heure.
   Le mauvais temps prédit se réalise; la marche n'est
cependant point impraticable. Je sais ce que signifie
ce mot impraticable chez les guides montagnards; et à
l'entrée du désert, je vis que je devais m'aventurer seul.
J'écoutai tous leurs sinistres avertissements et les en re-
merciai du fond du cœur leur disant en me remettant en
marche qu'un danger prévu était à moitié conjuré, et
que pour l'autre moitié je me chargeais de la conjurer
tout seul. Je me suis éloigné à la Stupéfaction générale.
Cependant, la fièvre lente qui me dévore depuis cinq
 mois vient de me ressaisir; je la sens redoubler sous le
froid; à cette heure ma poitrine est plus que jamais op-
pressée; je regorge le sang; mais ne me laissant abattre ni
par celte fièvre, ni par ce mal, j'en emprunterai une éner-
 gie nouvelle.
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