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181 fant de peines et de périls, tout-à -coup détruite5 d'un présent hier heureux, aujourd'hui perdu; d'un avenir, enfin, sans but, sans fixité, livré aux seules chances d'un capricieux hasard ! La rapidité du courant eut bientôt amenéles embarcations à l'île de Galveston dans laquelle on avait séjonrné une année auparavant. On y rétablit un camp et on attendit qu'une destination nouvelle fut donnée à ce faisceau d'exis- tences actives et toujours dévouées. Le sol de Galveston était d'une aridité désespérante. Nulle part on n'y décou- vrait de bonnes traces de végétation. C'était un désert de sable et de rocailles dont il était impossible de tirer aucune ressource. On n'avait donc à compter que sur les vivres apportés du Champ d'Asile. On en usa très sobrement; toutefois chacun vit clairement qu'ils finiraient trop tôt. Il en avait été demandé à la Nouvelle-Orléans, mais comme ils n'arrivaient pas, le général Lallemant partit afin d'en déterminer l'envoi. Il devait en même temps chercher à fixer d'une manière favorable le sort futur de ses compa- gnons. Il avait promis de revenir au bout de vingt-cinq jours et d'en envoyer des vivres au plutôt. Un mois s'écoula et l'attente fut vaine. Alors la consternation s'em- para des esprits. Les rations de vivres furentencore réduites. A chaque heure du jour, on se rendait vers les rochers de la côte, les regards se portaient au loin sur la mer du Mexique où ils n'apercevaient autre chose que la lutte perpétuelle et bizarre des vagues de l'Océan. Autour des exilés inquiets, rien que le silence accablant de la solitude, rien que le bruit des vents et le monotone clapotage des flots. Parfois une voile venait à pointer à l'horizon. Les cœurs battaient d'espoir, mais la voile filait, filait au loin. On la suivait toujours, jusqu'à ce qu'un redoublement de