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180 Rétablissement français pouvait-elle ranimer cette domi- nation à laquelle il ne restait que peu de jours à vivre ? Le vice-roi déterminé par la haine qu'il portait au drapeau tricolore et par les ordres de la métropole, feignit de le croire. Il envoya chercher au loin les guerriers de peu- plades indiennes pleines d'ignorance et façonnées au joug. Il y réunit plusieurs garnisons de soldats espagnols et les fit marcher ensemble contre le Champ d'Asile, résolu à le détruire de fond en comble, à en immoler tous les habitants. Qu'on juge de l'effet produit sur les colons français par cette nouvelle foudroyante ! Leur première pensée, on le comprend, fut de combattre ces ennemis jusqu'à la dernière extrémité 5 mais le nombre en était trop considérable pour qu'il fut possible de compter sur une victoire à la suite d'un combat en rase campagne. Réduits à la défensive derrière leurs fortifications, nos compatriotes eussent été aussitôt cernés; leurs vivres1, leurs munitions se seraient épuisés et la retraite leur eut été impossible. Ce qui survint, eu outre, de plus décourageant,- ce fut d'apprendre que les Etats-Unis probablement inquiets aussi de l'importance inattendue prise par cette colonie qu'ils avaient reconnue indépendante, se montraient secrètement satisfaits de l'in- vasion des Espagnols desquels on disait qu'ils allaient recevoir, pour prix de leur neutralité, l'investiture défini- tive du Texas. Dès-lors on se hâta d'adopter le parti le plus prudent ; l'évacuation du Champ d'Asile fut décidée. On s'embarqua sur la Trinité, emportant vivres, armes^ munitions, et on se laissa entraîner parle courant!... De quelle profonde tristesse furent marqués les derniers regards jetés sur cette terre, objet de tant d'espérances anéanties en un jour ! Quelle poignante douleur saisit irrésistiblement tous les cœurs à cette pensée d'une sécurité conquise par