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115 charges publiques autant que les besoins de l'état avaient pu le permettre. François I e r n'était de retour que depuis cinq années à peine, et pour peu qu'on se fasse une idée de la joie que cet événement avait excité dans tout le royaume, on ne s'étonnera pas si, partout, sur le passage du cavalier, bourgeois et artisans, que la chaleur du jour tenait enfermés dans l'intérieur des maisons, se répandaient en groupes nom- breux sous l'auvent des boutiques pour saluer la livrée du roi et s'informer des nouvelles envoyées à l'échevinage. — L'affaire doit être importante, car le cavalier ne m é n a - geait pas sa monture, et n'était pas mieux vêtu le messagier qui vint annoncer la délivrance du roi. — Ne sais, dit un autre homme de la foule, mais sera bonne nouvelle. Se presse-t-on tant quand on est messagier de malheur ? — Le ciel vous entende, maître Laurent, dit un troisième, car nous avons eu de mauvais jours, et m'est avis qu'on aurait besoin de grande joie pour se remettre un peu, Yous, surtout, vous n'avez pas oublié la Rubayne de St-Marc. Quand les vignerons et les taverniers ont pillé votre boutique de pâtis- serie, la chose publique allait à vau-l'eau. La fortune de tous était à la merci d'une "centaine de misérables. Heureusement que tout est fini; de ces mauvais jours il ne reste plus que le souvenir. — Les mauvais jours, répondit le pâtissier, sont comme les mauvaises idées ; il faut les chasser de l'esprit. Le capitaine seigneur de Bothieres, prévôt de l'hôtel du roi, et le gouver- neur Pomponio Trivulse ont trop bien su punir les pillards pour que semblable chose revienne, car ils les ont pendus ou chassés de la ville. — On sait cela : on sait aussi que vous avez battu des mains à tout ce qui a été fait, répondit un nouvel interlocuteur qui jusque là s'était tenu à l'écart, et qu'à ses longs cheveux et et à sa casaque, on reconnaissait pour un homme du bas peuple.