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66 TITVRE. « Quelqu'un a-t-il pu intenter un procès à Mopsus? MOPSUS. « Que ne peut la fatale soif de l'or? Néanmoins, quel procès heureux pour m o i , puisque autrement je ne t'aurais pas connu, ô Brossette,et n'aurais pas acquis ton amitié qui m'est plus précieuse que tout ce que je réclamais dans mon procès ! « Cet h o m m e , qui était le défenseur de ma m u s e , vous pou- vez bien ne pas le connaître , vous qui n'avez pas de procès et qui ne fréquentez point le palais de T h é m i s , mais partout ceux qui ont affaire à la sainte justice le connaissent assez, car au barreau son éloquence victorieuse , et dans le cabinet ses conseils viennent en aide à ses clients. Toutefois, pour être utile au monde entier, et pour arranger, même après sa m o r t , les procès les plus compliqués, il a voulu confier à des pages qui ne périront pas le sens précis des lois et des statuts français. Recherchant ensuite les nobles origines de sa vieille cité , il a écrit sur ses antiques monuments et sur les person- nages distingués auxquels un jour on le verra mêlé. « Bien qu'il se plaise chez l u i , à de sérieuses é t u d e s , heu- reux de son épouse> heureux d'une douce enfant, il se plaît encore aux jeux du p o è t e , se délassant ainsi des longs ennuis du bruyant forum ou de graves travaux, et quand il module en secret quelques chants , déployant la m ê m e élégance en latin et en français. Le poète des rives de la Seine , — et ce n'est point là un faible éloge, — Despréaux l'aime, puis , dans son amitié, ne lui confie pas seulement les intimes pen- sées de son c œ u r , mais encore lui dévoile , en de fréquents entretiens, tout ce qu'il a prudemment caché sous des pa- roles ambiguës , et q u e , après sa m o r t , — puisse-t-elle n'ar- river que bien tard , — celui-ci révélera au public. » Accablé par ses occupations littéraires et domestiques , Brosselle prit enfin , en 1705 , la résolution de les partager en se mariant. L'intérêt n'eut aucune part à son choix ; le sen-