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sommeil, elle agile mon cœur et mes esprit; elle consume mon tempéra-
ment, et je sens, en un mot, que vous me tuez malgré vous-même , et
que, quelque cruauté que vous ayez pour moi, mon sort est de mourir
d'amour pour vous. Soit cruauté réelle , soil bonté imaginaire , le sort de
mon amour est toujours de me faire mourir. Mais, liélas! en me plaignant
de mes tourments, je m'en prépare de nouveaux ; je ne puis penser à mon
amour sans que mon cœur et mon imagination s'échauffent, et quelque ré-
solution que je fasse de vous obéir en commençant mes lettres , je me sens
ensuite emporté au-delà de ce que vous exigez de moi. Auriez-vous la dureté
de m'en punir? Le ciel pardonne les fautes involontaires; ne soyez pas plus
sévère que lui, et comptez pour quelque chose l'excès d'un penchant învin"
cible qui me conduit malgré moi bien plus loin que je ne veux ; si loin
même que , s'il était en mon pouvoir de posséder une minute mon adorable
reine, sous la condition d'être pendu un quart d'heure après , j'accepterais
celte offre avec plus de joie que celle du trône de l'univers. Après cela, je
n'ai plus rien à vous dire ; il faudrait que vous fussiez un monstre de barba-
rie pour me refuser un moins un peu de pitié.
   L'ambition ni la fumée ne touchent point un cœur comme le mien ; j'avais
résolu de passer le reste de mes jours en philosophe, dans une retraite qui
s'offrait à moi; vous avez détruit tous ces beaux projets; j'ai senti qu'il m'é-
tait impossible de vivre éloigné de vous, et, pour me procurer les moyens
de m'en rapprocher, je tente un voyage et des projets que mon malheur
ordinaire empêchera sans doute de réussir. Mais puisque je suis destiné à
me bercer de chimères, il faut du moins me livrer aux plus agréables, c'est-
à-dire à celles qui vous ont pour objet ; daignez , mademoiselle, donner
quelque marque de bonlé à un amant passionné, qui n'a commis d'autre
crime envers vous que de vous trouver trop aimable; donnez-moi une adresse,
et permettez que je vous en donne une pour les lettres que j'aurai l'honneur
de vous écrire et pour les réponses que vous voudrez bien me faire ; en un
mot, laissez-moi par pitié quelque rayon d'espérance, quand ce ne serait
que pour calmer les folies dont je suis capable.
   Ne me condamnez plus pendant mou séjour ici à vous voir si rarement ;
je n'y saurais tenir; accordez-moi du moins, dans les intervalles, la con-
solation de vous écrire et de recevoir de vos nouvelles; autrement je vien-
drai plus souvent, au risque de tout ce qui pourra en arriver. Je suis logé
chez la veuve Petit, en rue Genti, à l'Epée royale.

  -Aujourd'hui encore, nous avons la rue Gentil, mais on n'y
trouve plus l'Epée royale, les choses s'effacent vite delà terre.