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423 auteur ; elle nous apprend qu'en môme te'mps qu'il semait la dis- corde parmi les savans , il contribua aussi à la disgrâce et au bannissement d'un homme du monde : à l'époque où le comte de Bussy Rabutin fut reçu (vers 1665) à l'Académie française, il courait dans quelques cercles une Histoire amoureuse des Gaules où il avait malicieusement peint les portraits de plusieurs per- sonnes puissantes à la cour. Ce qu'il y a de remarquable c'est qu'une des aventures qui frappèrent le plus dans son roman était précisément une pure traduction de Pétrone, jusqu'à la lettre môme qu'il y attribuait aune des dames satirisees, et qui se retrouve toute entière dans le texte latin. On se plaignit au roi; la vanité blessée de plus d'une personne de la cour s'éleva contre le eomte ; la sienne ne voulut pas céder ; il eut suffi de dévoi- ler le plagiat, cet aveu révoltait son amour-propre, il se tut ; la haine parla; et non seulcmeet il fut renfermé un an à la Bas- tille, mais il resta encore exilé pendant seize longues années, et sa disgrâce avec la cour ne finit réellement qu'avec sa vie, le 9 avril 1693. La guerre allumée entre les érudits, quoique; longue, n'eut point des conséquences aussi graves, et ne sortit point du do- maine de la science ; l'authenticité du fragment de Traù fut for- tement attaquée. « Comme on n'avait jamais vu cette pièce, on s'imagina, écrit Jacob Spon, médecin et célèbre antiquaire de Lyon, qu'elle étoit supposée, et que ce n'étoit qu'un jeu d'esprit de quelque savant qui avoit imité le style de Pétrone. » La crainte d'être dupe rendait incrédule ; plusieurs critiques parurent; une vive discussion s'engagea , et il se forma comme deux fac- tions dans la république des lettres : Jean Lucius défendait le nouveau fragment ; J. "Wagcnseil de Nuremberg, savant orienta- liste , qui parcourait l'Europe depuis six ans, s'éleva contre l'historien de Traù. L'abbé Gradi de Raguse, conservateur de la bibliothèque du Vatican^ soutenait la découverte de Jean Lu- cius ; Adrien de Valois, historien et philologue de Paris, con- sulté sur l'authenticité du livre, la combattit dans une critique adressée à Wagenscil, qui la fit imprimer avec la sienne (Paris, 1666, in-8°.) La môme année , le médecin Pierre Petit, de l'aca*- uémic- des Ukovrali de Padoue, et l'un des sept de la pléiade poé-