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306: dans le porte-feuille d'un de nos amis, homme d'esprit et de goût. Quelques originaux des vignettes du Béranger , in-8°, par Jobaanot, de jolies intérieurs , les brillantes aquarelles de Viard , etc. etc. ; mais ce dont j'ai hâte de vous parler, c'est des délicieuses marines de Gudin ! Le genre marine n'a commencé à être cultivé en France avec quelques succès que vers le milieu du siècle dernier. Le premier nom qu'on puisse citer c'est celui de Manglard, maître de Joseph Yernet ; puis celui-ci, qui sur- passât bientôt son maître. Mais tout en admirant son entente profonde de l'effet général, et le caractère poétique de la plu- part de ses compositions , on ne peut s'empêcher de remarquer qu'il a manqué à ce maître plusieurs des qualités indispensa- bles à son art; l'étude consciencieuse de la construction des na- vires, de leurgrèement, de leur voiture , etc., etc., c'est cette science nautique poussé au dernier degré qui place Gudin bien au-dessus de tous nos peintres de marines. Pour quia vu le Kent, le Colombus, cet éloge ne paraîtra pas exagéré , et pour ceux qui ne le connaissent que comme le paysagiste auquel nous de- vons la vue de St-Pierre de Caen r le Coup de vent dans la vallée. d'Arqués, nous leur dirons d'aller voir la Barque de Sauvetage, qui n'a pu lasser encore mon admiration. L'effet général du ciel et de la mer est parfait. C'est bien cet aspect dur et métallique que prend la mer à mesure que le ciel devient sombre et se charge de nuages ; on entend cette vague qui déferle contre cette mince embarcation qui lutte de toute la force de ses rameurs contre la tempête qu'on sent partout. Il y a une hardiesse prodigieuse dans cette admirable composition, où la principale valeur est donnée moins à la barque , ou au navire rejette sur une place reculé, qu'à une vague qui occupe à elle seule tout le premier plan du tableau. Il ne fallait rien moins qu'un talent aussi réel que celui de Gudin pour tenter une pareille épreuve. Nous pourrions citer d'autres dessins du même maître ,. où l'on retrouve la même facilité d'exécution , le même instinct des effets de la mer et la plus haute érudition nautique, entraxe très une plage , pleine de soleil, chose , comme on sait, plus que rare en peinture. L'école de Lyon a passé de mode 7 non pas parce qu'elle finis-